Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303061

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303061
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSENE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2023, M. D C, représenté par Me Sene demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère pour une durée maximale de 45 jours renouvelable ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision attaquée :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison du caractère disproportionné de l'obligation de pointage deux fois par semaine.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 16 mai 2023 a été entendu le rapport de M. A, les parties n'étant ni présentées, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C anciennement dénommé Abaiz, ressortissant algérien né le 22 juillet 1985, est entré en France en mai 2016 selon ses déclarations. Par jugement du 19 novembre 2021, le tribunal judiciaire de Vienne a prononcé à son encontre une interdiction du territoire français d'une durée de 5 ans. Le préfet du Rhône a par arrêté du 15 novembre 2022 fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire et a fixé le pays de destination. Par jugement du 6 janvier 2023, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. C contre l'arrêté précité du 15 novembre 2022. Par l'arrêté attaqué du 10 mai 2023, le préfet de l'Isère a assigné M. C à résidence dans le département de l'Isère pour une durée maximale de 45 jours renouvelable.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991: " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant assignation à résidence :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B E, attachée principale, cheffe du service immigration et de l'intérieur à la direction de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature en date du 26 juillet 2022, régulièrement publiée. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, M. C fait valoir qu'il s'occupe du fils de sa conjointe en l'emmenant et en allant le chercher à l'école tous les jours et que l'assignation, qui prévoit deux pointages par semaine, est disproportionnée au regard de sa situation familiale. Toutefois, M. C n'établit pas que le pointage deux fois par semaine, les mardi et jeudi à 10h00 à la brigade de gendarmerie distante de 400 mètres de son domicile, ne lui permettrait pas, ou rendrait même difficile, l'accompagnement du fils de sa conjointe à l'école. Dès lors, eu égard aux modalités retenues de pointage, le préfet n'a pas fixé d'obligations disproportionnées au regard de la situation familiale du requérant. Par suite le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation résultant du caractère disproportionné de la mesure doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant assignation à résidence. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : Il est accordé à M. C, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Sene et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

Le magistrat désigné,

F. A

Le greffier,

P. BUGUELLOU

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.