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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303079

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303079

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303079
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGOUY-PAILLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Gouy-Paillier, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

- 1°) de suspendre l'exécution la décision du 13 mars 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Isère lui a retiré son agrément d'assistante maternelle à compter du 20 mars 2023 ;

- 2°) de condamner le département de l'Isère à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie : elle accueillait trois enfants ; elle était en mesure de percevoir 1 708 euros de revenus et 138,48 euros de prime d'activité, soit un salaire mensuel de 1 846,48 euros ; elle percevait également environ 320 euros au titre des APL ; depuis son retrait d'agrément, elle ne perçoit plus qu'environ 900 euros d'allocation de retour à l'emploi et 320 euros d'APL ; elle doit pourtant toujours faire face aux mêmes charges fixes ; il lui reste donc environ 500 euros par mois pour vivre, et pour s'occuper de son fils ; le stress a généré des problèmes de santé ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision : elle entend soulever l'absence d'information des motifs ayant justifié le retrait de son agrément avant la réunion de la commission consultative paritaire départementale, l'impossibilité pour elle et pour son représentant syndical de présenter des observations orales lors de la réunion de cette commission, l'absence de transmission de ses observations écrites aux membres de la commission, l'absence de délibération et d'avis des membres de la commission sur son dossier, l'absence, dans les pièces du dossier, des témoignages ayant servi à fonder la procédure de retrait d'agrément, l'absence d'impartialité dans la conduite de l'enquête administrative ayant conduit à sa suspension, l'incompétence de l'auteur de la décision, l'absence de mention de la qualité de l'auteur de la décision ; la décision du 13 mars 2023 est donc entachée de vices de procédure substantiels ; la décision de retrait finalement adoptée le 13 mars 2023 est motivée par des éléments très différents ; les motifs nouveaux n'étaient pas évoqués dans le courrier du 12 janvier 2023 ; plusieurs vices de légalité interne entachent la décision litigieuse : celle-ci est entachée d'erreur de droit, la décision litigieuse se fondant notamment sur le contenu des observations qu'elle a présentées devant la commission consultative paritaire départementale ; la décision est entachée d'erreur sur la matérialité des faits, une grande partie éléments fondant la décision litigieuse n'étant pas prouvés par les services du département ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la mesure adoptée par rapport aux manquements qui lui sont reprochés.

Par un mémoire enregistré le 30 mai 2023, le Département de l'Isère, représenté par son président, ayant pour avocat Me Bracq, conclut, au rejet de la requête et à la condamnation de la requérante à lui verser la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu la requête enregistrée sous le n° 2303078, le 13 mai 2023, par laquelle Mme A B, représentée par Me Gouy-Paillier, demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 mai 2023 à 11H10 :

- le rapport de M. Vial-Pailler.

- les observations de Me Gouy-Paillier, représentant Mme A B.

- les observations de Me Berlottier-Merle, représentant le département de l'Isère.

Après avoir différé la clôture de l'instruction au jeudi 1er juin à midi.

Vu la note en délibéré, enregistrée le 31 mai 2023, présentée par Me Gouy-Paillier, représentant Mme A B.

Vu la note en délibéré, enregistrée le 1er juin 2023, présentée Me Berlottier-Merle, représentant le département de l'Isère.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

3. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision attaquée, Mme B fait valoir que cette décision la prive de l'exercice de son activité professionnelle, qu'elle accueillait trois enfants, qu'elle était en mesure de percevoir 1 708 euros de revenus et 138,48 euros de prime d'activité, soit un salaire mensuel de 1 846,48, euros, qu'elle percevait également environ 320 euros au titre des APL, que depuis son retrait d'agrément, elle ne perçoit plus qu'environ 900 euros d'allocation de retour à l'emploi et 320 euros d'APL, qu'elle doit pourtant toujours faire face aux mêmes charges fixes, qu'il lui reste donc environ 500 euros par mois pour vivre, et pour s'occuper de son fils, qu'en outre, le stress a généré des problèmes de santé. S'il est vrai, ainsi que le soutient le département de l'Isère, que la perte de revenus de Mme B s'explique en grande partie par la suspension de son agrément dès le mois de septembre 2022 et à la circonstance qu'elle n'a plus souhaité accueillir d'enfant depuis la fin de sa suspension le 1er décembre 2022, la décision du président du conseil départemental de l'Isère du 13 mars 2023, qui lui a, toutefois, retiré son agrément d'assistante maternelle à compter du 20 mars 2023, a pour effet de lui interdire cette activité à compter de cette dernière date et de compromettre ainsi son avenir professionnel. Toutefois, en l'état de l'instruction, les constats éffectués dans le cadre de l'enquête administrative menée par les services de la PMI entre le 16 septembre 2022 et le 29 décembre 2022, au vu de témoignages provenant de sources très diverses, selon lesquels Mme B a pu mettre en danger des enfants dans certaines situations : "risque pouvant entraîner potentiellement la mort inexpliquée du nourrisson, mise en danger pouvant entraîner potentiellement un accident de la voie publique, absence de prise en compte des besoins alimentaires du nourrisson, absence de prise en compte des recommandations des parents et de la crèche employeur, absence de remise en question et d'introspection dans l'accompagnement de la posture professionnelle", ne sont pas utilement critiqués par la requérante par la seule production de témoignages de satisfaction de certains parents. Compte tenu de l'intérêt public qui s'attache à la protection des mineurs, la condition d'urgence prévue par les dispositions susvisées ne peut être regardée comme remplie alors même que la décision contestée a pour effet de priver la requérante des revenus liés à son activité professionnelle en portant ainsi atteinte à sa situation personnelle et que le moyen selon lequel il n'y aurait pas eu transmission effective de ses écritures aux membres de la commission consultative paritaire départementale soulève une difficulté. Dès lors que la condition d'urgence n'est pas remplie, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à la suspension de l'exécution de ladite décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. La présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de Mme B dirigées contre le département de l'Isère qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B une somme en application desdites dispositions.

O R D O N N E

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département de l'Isère au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B et au département de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 1er juin 2023.

Le juge des référés,

C. Vial-Pailler

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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