mardi 11 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2303090 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | MATHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mai 2023, M. B C A, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui renouveler son titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai d'un mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer sous deux jours une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen particulier et complet de sa situation ;
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure en l'absence de justification de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), de l'existence d'un rapport médical établi par le médecin de l'OFII et d'une composition du collège de médecins conforme à celle prévue par l'arrêté du 27 décembre 2016 ;
- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors que le refus de titre de séjour est illégal ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale dès lors que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont illégales ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est tardive ;
- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés et invite le tribunal à solliciter auprès de l'OFII l'entier dossier du rapport médical ayant conduit à l'avis du collège des médecins de l'OFII.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bedelet,
- et les observations de Me Mathis pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant congolais né en 1947, déclare être entré en France en octobre 2017. A la suite du rejet de sa demande d'asile, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours a été pris à son encontre le 8 janvier 2020. Le 26 février 2021, il a sollicité un titre de séjour au regard de son état de santé. A la suite de l'avis favorable rendu par le collège des médecins de l'OFII le 15 juin 2021, il a obtenu un titre de séjour valable du 22 juin 2021 au 21 avril 2022. Le 25 avril 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par l'arrêté attaqué, le préfet de l'Isère a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois.
Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :
2. Aux termes de l'article de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision () ". En vertu de l'article 43 du décret du 19 décembre 1991 susvisé, le délai de recours ouvert contre une décision est interrompu lorsque la demande d'aide juridictionnelle est présentée dans ledit délai.
3. Si le préfet de l'Isère fait valoir que l'arrêté attaqué, qui mentionne les voies et délais de recours, a été notifié, le 27 décembre 2022, à M. A, celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle le 24 janvier 2023, avant l'expiration du délai de recours de trente jours. Il suit de là que la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, enregistrée le 12 mai 2023 alors que ledit délai n'avait pas recommencé à courir, doit être écartée.
Sur les conclusions d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ".
5. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A présente une insuffisance cardiaque ischémique avec présence d'un thrombus séquellaire intra ventriculaire, des séquelles de type aphasie de Broca d'un accident vasculaire cérébral, une polyneuropathie axonale, une insuffisance rénale chronique stade IIIb. L'adénocarcinome de prostate découvert en avril 2021 nécessite également une surveillance active et pour le traitement duquel il est prescrit de l'Urorec, de l'Avodart et du Permixon. Pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité en qualité d'étranger malade, le préfet s'est fondé sur un avis du collège des médecins du 10 août 2022 selon lequel l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais l'intéressé peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine à destination duquel il peut voyager sans risque. Toutefois, pour contredire cet avis, le requérant produit la liste nationale des médicaments essentiels de la République démocratique du Congo sur laquelle ne figurent pas l'Urorec, de l'Avodart et du Permixon, médicaments qui lui sont prescrits en France pour sa pathologie prostatique ni un traitement d'effet équivalent. L'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, produit à la suite d'une mesure d'instruction, ne comporte aucune précision sur la disponibilité de ces derniers traitements en République démocratique du Congo. Dans ces conditions, et alors que le préfet n'apporte aucun élément relatif à la disponibilité en République démocratique du Congo d'un traitement pour la pathologie prostatique présentée par le requérant, celui-ci doit être regardé comme démontrant l'absence de disponibilité effective d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Ainsi, il est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 19 décembre 2022 dans l'ensemble de ses dispositions.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de l'Isère délivre un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer un tel titre dans un délai de trois mois courant à compter de la date de notification du présent jugement et une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours.
Sur les frais d'instance :
9. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, une somme de 900 euros à verser à Me Mathis au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er :L'arrêté du 19 décembre 2022 est annulé.
Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de cette même date.
Article 3 :L'Etat versera à Me Mathis une somme de 900 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. B C A, à Me Mathis et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bedelet, première conseillère, faisant fonction de présidente,
Mme Holzem, première conseillère.
Mme Naillon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.
La première conseillère faisant fonction de présidente-rapporteure,
A. Bedelet
La première assesseure,
J. Holzem
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026