mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2303110 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | WINCKEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 mai 2023, M. C H, Mme L K, M. F Q, Mme D M, M. J P, Mme B N, M. E I et Mme O G, représentés par Me Bastid, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2022 par lequel le maire de la commune de Cornier a délivré à la société par actions simplifiée (SAS) Financière Pétrus un permis d'aménager un lotissement de 15 lots d'habitat individuel et intermédiaire et un lot d'habitat collectif de 11 logements sur un terrain situé au lieu-dit " La Madeleine " à Cornier, ainsi que le rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Cornier une somme de 5 000 euros à leur verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir en leur qualité de voisin immédiat du projet litigieux ;
- l'arrêté contesté méconnait l'article L.441-4 du code de l'urbanisme dès lors que le projet a été fait exclusivement par un géomètre-expert alors qu'il porte sur une surface de plus de 2 500 m² ;
- il méconnait l'autorité de la chose jugée par le jugement du tribunal administratif de Grenoble en date du 24 novembre 2021, devenu définitif ;
- il méconnait les articles R.423-50 à -74 du code de l'urbanisme en l'absence de consultation du service gestionnaire de la voirie départementale, du service de gestion des déchets, du service de distribution d'eau, du service des eaux usées et de la chambre de l'agriculture ;
- le projet est incompatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation 1AUB La Madeleine ;
- l'arrêté contesté a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article 1AU6 du règlement du plan local d'urbanisme renvoyant à l'article U6 de la zone UB relatifs aux espaces verts ;
- il méconnait les articles 1AU8 et U8 du règlement du plan local d'urbanisme concernant l'accès et la voirie.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2023, la commune de Cornier, représentée par Me Winckel, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La société Financière Pétrus, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.
En application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 janvier 2024 par une ordonnance du même jour.
Par une lettre du 8 octobre 2024, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer au titre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme afin de permettre la régularisation du vice tiré de la méconnaissance des articles R.423-50 et -74 du code de l'urbanisme.
La commune de Cornier a présenté des observations, enregistrées le 10 octobre 2024, sur l'application éventuelle de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Aubert,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bastid, représentant les requérants, et de Me Winckel, représentant la commune de Cornier.
Considérant ce qui suit :
1. Le 30 mars 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Financière Pétrus a déposé une demande de permis d'aménager un lotissement de 15 lots d'habitat individuel et intermédiaire et un lot d'habitat collectif de 11 logements sur les parcelles, cadastrées section A n°s 300, 302 et 2756, situées au lieu-dit La Madeleine. Par un arrêté du 3 novembre 2022, le maire de Cornier a délivré le permis d'aménager sollicité. Par un courrier reçu en mairie le 9 janvier 2023, les requérants ont formé un recours gracieux tendant au retrait de cet arrêté, qui a été expressément rejeté le 6 mars 2023. Ils demandent l'annulation de cet arrêté et du rejet de leur recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, en application des articles L.441-4 et R.441-4-2 du code de l'urbanisme, le pétitionnaire du projet, qui porte sur un lotissement d'une surface de terrain à aménager de 12 286 m², doit recourir à un architecte afin d'établir le projet architectural, paysager et environnemental. Il ressort suffisamment des plans de la demande de permis d'aménager, établis à l'en-tête de plusieurs maîtres d'œuvre, dont un architecte, que cette obligation est remplie en l'espèce. Par suite, le moyen tiré du défaut de recours à un architecte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la présente requête n'a pas le même objet que celle qui a donné lieu à la décision du 24 novembre 2021 par laquelle le tribunal administratif de Grenoble a annulé l'arrêté du 10 août 2020 portant sur un projet d'aménagement distinct du projet autorisé le 3 novembre 2022. Par suite, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'autorité de chose jugée qui s'attache à cette décision ne peut lui être opposée.
4. En troisième lieu, les requérants soutiennent que la décision contestée est entachée tant d'un vice de compétence que de procédure en l'absence d'avis préalables du service gestionnaire de la voirie départementale, du service de gestion des déchets, du service de distribution d'eau, du service des eaux usées et de la chambre d'agriculture. Ces avis n'étant pas conformes, l'arrêté contesté n'est pas entaché d'incompétence. Par ailleurs, il ressort de l'avis de la chambre d'agriculture du 9 décembre 2019 que l'assiette foncière du projet est hors champ de la règle de réciprocité prévue à l'article L.111-3 du code rural, de sorte que le maire n'était pas tenu de solliciter son avis. De la même manière, les avis du service de gestion des déchets, du service de distribution d'eau, du service des eaux usées ne sont pas légalement requis. Toutefois, celui du service gestionnaire de la voirie l'est en application de l'article R.423-53 du code de l'urbanisme. L'absence de consultation du service gestionnaire de la voirie départementale ayant été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise par le maire, le moyen tiré du vice de procédure doit être accueilli.
5. En quatrième lieu, d'une part aux termes de l'article L. 151-7 du code de l'urbanisme : " I. - Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : / () / 5° Prendre la forme de schémas d'aménagement et préciser les principales caractéristiques des voies et espaces publics ; / () " Aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution () de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan () sont () compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation ". D'autre part, l'orientation d'aménagement et de programmation 1AUB intitulée " La Madeleine " dans laquelle s'insère le projet litigieux, prévoit que : " CONDITIONS D'AMÉNAGEMENT DE LA ZONE / Ouverture par opération d'aménagement d'ensemble portant sur la totalité de la zone ou possible par plusieurs tranches d'aménagement à condition de respecter la composition de l'OAP, les principes de desserte et paysagers, la diversité des logements. / () ". En outre, cette orientation d'aménagement et de programmation prévoit un schéma de principe d'aménagement de la zone dont la légende indique que : " () / TRAITEMENT PAYSAGER ET ESPACES LIBRES /Plantations arborées à développer afin de créer un cadre de vie arboré. / Des espaces verts devront être aménagés afin de préserver des espaces de respiration et de garantir un cadre de vie qualitatif. ".
6. Il ressort des pièces du dossier et en particulier du plan de composition que l'aménagement du terrain prévoit des plantations arborées au nord-est de la surface concernée et bordant la voie interne au terrain d'assiette, conformément au schéma de principe d'aménagement de la zone. Par ailleurs, l'exclusion d'une partie minime de la surface de l'OAP, soit 121 m² sur 12 000 m² représentant 1 % de celle-ci, et correspondant à l'implantation d'un hangar existant situé en partie sur l'emprise de l'OAP et en partie hors de la surface de l'OAP, et ce aux fins de rétrocession à son propriétaire, n'est pas incompatible avec ses principes d'aménagement. Par suite, le moyen tiré de l'incompatibilité du projet litigieux avec l'orientation d'aménagement et de programmation 1AUB intitulée " La Madeleine " doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 1AU6 du règlement du plan local d'urbanisme : " TRAITEMENT ENVIRONNEMENTAL ET PAYSAGER DES ESPACES NON BATIS ET ABORDS : () • 1AUB : voir les règles du secteur UB ". Aux termes de l'article U6 du règlement du plan local d'urbanisme : " TRAITEMENT ENVIRONNEMENTAL ET PAYSAGER DES ESPACES NON BATIS ET ABORDS / () / 6-1/ ESPACES LIBRES ET PLANTATIONS : Pour toute opération, 20% minimum de l'assiette foncière (située dans la zone constructible) doit être réalisé en espaces verts communs hors stationnement et voirie, dont 50% en un tenant maximum : / - La réalisation de chemins piétons et de pistes cyclables ouverts au public vient en déduction des espaces communs demandés. / - Les espaces verts compris dans les bandes de reculs ne sont pas compris dans les espaces communs demandés. ( ) "
8. Contrairement à ce que prétendent les requérants, le fossé d'eaux pluviales, qui est un élément naturel et préexistant au projet, ne divise pas l'espace vert n°3 dans lequel il se situe. Il est constant par ailleurs que cet espace vert, d'une surface de 1681 m², représente plus de la moitié de la surface totale d'espaces verts requise, également respectée par le projet. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'un espace vert d'un seul tenant représentant au moins la moitié de la totalité des espaces verts, ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.
9. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 1AU8 du règlement du plan local d'urbanisme : " DESSERTE PAR LES VOIES PUBLIQUES OU PRIVEES : / 8-1/ ACCES / • 1AUB : voir les règles du secteur UB / () / 8-2/ VOIRIES / • 1AUB : voir les règles du secteur UB / () / " Aux termes de l'article U8 du règlement du plan local d'urbanisme : " DESSERTE PAR LES VOIES PUBLIQUES OU PRIVEES / 8-1/ ACCES / Le raccordement d'un accès privé à une voie publique présentera une surface dégagée sur une longueur d'au moins 5 m à partir du bord de la voie publique. () / 8-2/ VOIRIES / En tout état de cause, la largeur de l'emprise des voies publiques ou privées ouvertes au public nouvelles ne doit pas être inférieure à 6,5 m dont un trottoir de 1,5 m. A largeur pourra être ramenée à 5 m (dont un trottoir de 1,5 m), en cas de sens unique. Les voies nouvelles (privées ou publiques) en impasse doivent être aménagées dans leur partie terminale afin de permettre aux véhicules privés, aux poids lourds, et à ceux des services publics (lutte contre l'incendie, entretien, déchets) de faire demi-tour. La pente de cette aire de retournement ne devra pas être supérieure à 5%. "
10. D'une part, il ressort de l'acte notarié du 29 mai 2018 que le terrain d'assiette du projet d'aménagement bénéficie d'une servitude de passage sur les parcelles cadastrées section A n° 2757, 2758 et 2759, lui ouvrant un accès sur la route départementale de la Madeleine. Les requérants ne précisent pas en quoi l'intervention de cet acte dix ans après que M. H et Mme K eurent donné procuration à leur notaire pour son établissement, priverait la servitude de son effet. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'état d'enclave du terrain doit être écarté.
11. D'autre part, il ressort du plan de composition que la voie créée sur le terrain d'assiette bénéficie, dans sa branche se situant au nord du tènement, d'une aire de retournement. Quant à l'autre branche de la route qui rejoint la partie sud-est du tènement, elle ne se termine pas en impasse mais débouche sur le chemin du Chable. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnait les dispositions du plan local d'urbanisme relatives à la voirie.
Sur les conséquences de l'illégalité relevée :
12. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme: " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".
13. Le vice de procédure tiré de l'absence de consultation du service gestionnaire de la voirie départementale étant susceptible d'être régularisé, il y a lieu de faire application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de surseoir à statuer et de fixer à six semaines à compter de la notification du présent jugement le délai imparti aux parties pour justifier d'une mesure de régularisation de ce vice entachant l'arrêté du 3 novembre 2022.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
14. Les conclusions accessoires présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont réservées jusqu'en fin d'instance.
D E C I D E :
Article 1er :Il est sursis à statuer sur la requête, jusqu'à l'expiration d'un délai de six semaines à compter de la notification du présent jugement, pour permettre aux parties de justifier d'une mesure de régularisation du vice relatif à la consultation du service gestionnaire de la voirie départementale.
Article 2 :Les conclusions accessoires présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sur lesquelles le présent jugement ne se prononce pas expressément, sont réservées jusqu'en fin d'instance.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. C H en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la SAS Financière Pétrus et à la commune de Cornier.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Letellier, première conseillère,
- Mme Aubert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La rapporteure,
E. Aubert
Le président,
M. Sauveplane La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026