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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303112

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303112

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303112
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2023, Mme B D épouse E, représentée par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de procéder au réexamen de son dossier, de lui délivrer un titre de séjour temporaire et, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 23 janvier 2025, Mme C a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante marocaine née en 1969, est entrée en France le 5 septembre 2018, sous couvert d'un titre de séjour italien valable du 15 janvier 2018 au 17 décembre 2019, accompagnée de son futur époux et de leurs deux enfants mineurs nés en Italie. Le 21 mai 2021, elle a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 6 avril 2023, le préfet de la Haute-Savoie a refusé sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme E assiste son époux, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle en cours de renouvellement à la date de l'arrêté attaqué dont le taux d'incapacité a été évalué comme supérieur à 80 % par la maison départementale des personnes handicapées, dans l'accomplissement des actes essentiels de la vie courante et dans ses consultations médicales. La présence de Mme E auprès de son époux, lourdement handicapé, apparait indispensable dès que lors que celui-ci, qui a vocation à se maintenir sur le territoire national du fait de la régularité de sa situation au regard du séjour, serait dans l'incapacité de formuler une demande de regroupement familial. Dans ces circonstances très particulières, le préfet de la Haute-Savoie a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle et familiale de Mme E au regard des dispositions précitées.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme E est fondée à demander l'annulation de l'arrêté contesté du préfet de la Haute-Savoie.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Haute-Savoie procède au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme E. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et dans l'attente de délivrer à Mme E une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Mme E ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate, Me Blanc, peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Blanc renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros qui sera versée à Me Blanc.

D E C I D E :

Article 1er :

L'arrêté du 6 avril 2023 est annulé. Article 2 :

Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 :

L'Etat versera à Me Blanc une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse E, à Me Blanc et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme F et Mme C, assesseures.

Rendu public par mise à disposition au greffe 6 février 2025.

La rapporteure,

A. C

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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