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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303139

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303139

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBASSET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 16 mai, le 22 mai et le 25 août 2023, Mme A B, représentée par Me Terrasson, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

- d'annuler l'arrêté du 3 mars 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé la destination d'éloignement en cas de non-respect de ce délai de départ volontaire ;

- d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement et, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours ;

- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le refus de titre de séjour : méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; ne vise à aucun moment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas motivé sur ce fondement alors que sa demande de titre ne repose pas uniquement sur les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français : sera annulée en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ; méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination sera annulée en conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour et/ou de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une intervention enregistrée le 12 juillet 2023, M. E C demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête numéro 2303139.

Il soulève des moyens identiques à ceux de la requête.

Par ordonnance du 3 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 21 août 2023.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,

- et les observations de Me Terrasson représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante comorienne née en 1996, soutient être entrée en France le 23 mars 2021. Le 30 août 2022, elle a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de mère d'un enfant né en France. Par l'arrêté attaqué du 3 mars 2023, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours.

2. M. C, concubin de Mme B et père de son enfant, a intérêt à l'annulation de l'arrêté en litige. Son intervention par un mémoire distinct du 12 juillet 2023 est, par suite, recevable.

3. Mme B qui déclare être entrée en France le 23 mars 2021, ne justifie pas de la date et des conditions de son entrée sur le territoire où elle se maintient en situation irrégulière. Si elle se prévaut d'une relation de concubinage avec un compatriote titulaire d'une carte de séjour, la relation est récente et la naissance leur enfant, le 23 mars 2022, ne lui donne pas droit à un titre de séjour. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de l'intéressée, la décision de refus de titre de séjour ne porte pas à son droit de mener une vie privée et familiale normale, une atteinte disproportionnée, et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. La décision en litige n'a pas pour effet de séparer l'enfant de Mme B de l'un de ses parents qui possèdent d'ailleurs tous deux la nationalité comorienne. Elle ne méconnaît pas, dans ces conditions, l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant.

5. Mme B qui a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en raison de la naissance de son enfant et de ses attaches en France, ne justifie pas avoir présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour fondée sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni justifié de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels à l'appui de sa demande. Elle ne peut dans ces conditions utilement faire valoir que la décision de refus de titre de séjour n'a pas été examinée sur ce fondement.

6. La décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, il n'y a pas lieu d'annuler, par voie de conséquence, la décision obligeant la requérante à quitter le territoire dans un délai de trente jours.

7. Les moyens tirés de la violation des stipulations des articles 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dirigés contre la mesure d'éloignement doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3 et 4.

8. La décision obligeant Mme B à quitter le territoire n'étant pas illégale, il n'y a pas lieu d'annuler, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de renvoi.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées ainsi que celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er :L'intervention de M. C est admise.

Article 2 :La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Terrasson, au préfet de l'Isère et à M. E C.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul et Mme Permingeat, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

Le rapporteur,

C. Bailleul

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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