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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303197

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303197

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLEURENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2023, M. A E B, représenté par Me Leurent, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination ;

3°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français a été signé par une autorité incompétente, est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé de l'examen sérieux de sa situation individuelle ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de départ volontaire méconnait les articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, est insuffisamment motivée, méconnait l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, a été signée par une autorité incompétente, est insuffisamment motivée, méconnait l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement, et porte une atteinte disproportionnée à sa liberté individuelle et à son droit de mener une vie privée et familiale normale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mai 2023 :

- le rapport de M. d'Argenson, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Leurent, représentant M. B, qui soulève à l'audience le moyen tiré du caractère irrégulier et discriminatoire de l'interpellation du requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E B, ressortissant guinéen né le 26 novembre 1988, déclare être entré en France en 2020. Sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 3 février 2021 puis par la CNDA le 16 septembre 2021. Le 25 février 2022, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui a été confirmée par le tribunal administratif de Grenoble. Dans la présente instance, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 mai 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel il a été assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

2. Dans les circonstances de l'espèce, et eu égard à la circonstance que M. B s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement après le rejet définitif de sa demande d'asile, il n'y a pas lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur l'arrêté du 15 mai 2023 portant OQTF pris dans son ensemble :

3. L'arrêté a été signé par Mme C D, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du 26 juillet 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. L'arrêté attaqué mentionne les éléments de fait propres à la situation de M. B et les considérations de droit sur lesquels il se fonde. Il est, par suite, suffisamment motivé.

5. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que cet arrêté n'aurait pas été précédé d'un examen particulier de la situation de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

6. M. B soutient, par un moyen nouveau présenté à l'audience, qu'il existe une suspicion sur la régularité de son interpellation, qui pourrait être fondée sur un motif discriminatoire en l'absence d'indice sur sa nationalité étrangère. Toutefois les conditions dans lesquelles un étranger a été interpellé sont sans incidence sur la légalité de la décision ordonnant sa reconduite à la frontière. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité du contrôle d'identité dont l'intéressé a fait l'objet est inopérant à l'encontre de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français:

7. M. B soutient qu'il a participé à des activités associatives et sportives, qu'il est titulaire d'un certificat de mécanique et qu'il a travaillé deux mois en 2021. Toutefois, l'intéressé, dont le séjour en France est récent et qui s'y est maintenu en situation irrégulière malgré l'obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet, n'invoque aucune attache familiale en France et n'allègue pas en être dépourvu dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, la décision attaquée ne méconnait pas son droit au respect de sa vie privée et familiale protégée par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions dirigées contre le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

8. M. B a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français confirmée par décision de justice, qu'il n'a pas exécutée. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet a estimé qu'il existe un risque que M. B se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet et qu'il a refusé en conséquence, par application du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de lui accorder un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

Sur les conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français:

9. La décision obligeant M. B à quitter le territoire sans délai n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an.

10. Cette décision mentionne les éléments de fait précis relatifs à la situation de M. B et les considérations de droit sur lesquels elle se fonde. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

11. Si l'intéressé soutient que cette décision méconnait l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne fait état d'aucune circonstance humanitaire pouvant justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit donc être écarté.

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, cette décision ne méconnait pas le droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale protégée par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination :

13. La décision obligeant M. B à quitter le territoire sans délai n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision fixant le pays de destination.

14. Si M. B soutient qu'il craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine et que la décision attaquée méconnaitrait ainsi l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il n'assortit ses allégations d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence :

15. La décision obligeant M. B à quitter le territoire sans délai n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de l'arrêté portant portant assignation à résidence.

16. L'arrêté portant assignation à résidence a été signé par Mme C D, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du 26 juillet 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

17. Cet arrêté comporte les éléments de fait précis relatifs à la situation de M. B et les considérations de droit sur lesquels il se fonde. Il est, par suite, suffisamment motivé.

18. Si M. B soutient qu'il n'existe pas de perspective raisonnable à son éloignement, il n'assortit cette allégation d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, et ne fait état d'aucun obstacle concret à son éloignement effectif, y compris par ses propres moyens. Par suite les moyens tirés de ce que cet arrêté méconnaîtrait l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile porterait une atteinte disproportionnée à sa liberté individuelle et à son droit de mener une vie privée et familiale normale doivent être écartés.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E B, à Me Leurent et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.

Le magistrat désigné,

P.-H. D'ARGENSON

Le greffier,

P. MULLER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2303197

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