vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2303206 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LEURENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 mai 2023 et le 25 mai 2023, M. B A, représenté par Me Leurent, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 20 mai 2023 par lequel le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Savoie l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination et la décision portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, d'annuler la décision fixant le pays de destination et la décision portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
5°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de produire l'ensemble des pages de son passeport et les informations " visabio " le concernant et de lui restituer sans délai son passeport ainsi que son permis de conduire ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
* La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée en fait et en droit ;
- est entachée d'incompétence ;
- méconnaît l'article 4 du règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 et l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
* La décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- méconnaît les dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
* La décision portant fixation du pays de destination :
- doit être annulée compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
* La décision portant assignation à résidence :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'incompétence ;
- est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît son droit à mener une vie privée et familiale normale ;
- est disproportionnée.
Des pièces ont été enregistrées pour le préfet de la Savoie le 23 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres et la liste de ceux dont les ressortissants sont exemptés de cette obligation ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme d'Elbreil, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,
- et les observations de Me Leurent, représentant M. A, en présence de ce dernier, qui soulève un nouveau moyen tiré de ce que l'aide juridictionnelle provisoire ne saurait être refusée au motif de l'existence d'une précédente obligation de quitter le territoire français.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré et des pièces complémentaires ont été enregistrées pour M. A le 25 mai 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est un ressortissant albanais né en 1992. Le 19 mai 2023, il a fait l'objet d'un contrôle d'identité par les services de police de la route. Le 20 mai 2023, le préfet de la Savoie a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai ainsi qu'un arrêté portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande au tribunal l'annulation de ces arrêtés.
Sur les conclusions aux fins d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () ". Aux termes de l'article 4 du règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 : " 1. Les ressortissants des pays tiers figurant sur la liste de l'annexe II sont exemptés de l'obligation prévue à l'article 3, paragraphe 1, pour des séjours dont la durée n'excède pas 90 jours sur toute période de 180 jours. () ". L'Albanie étant au nombre des pays figurant à l'annexe II du règlement précité, ses ressortissants, dès lors qu'ils sont munis d'un passeport biométrique, se trouvent exemptés de l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres pour des séjours dont la durée n'excède pas trois mois sur toute période de six mois.
4. M. A fait valoir qu'il est entré en France pour la dernière fois le 17 mars 2023, après avoir transité par l'Italie, et produit un billet d'avion nominatif pour un vol à cette date en provenance de Tirana (Albanie) et à destination de Milan (Italie), mentionnant une adresse en France. Il se prévaut également de la circonstance qu'il a séjourné dans son pays d'origine du début du mois de janvier 2023 au 17 mars 2023 et qu'il n'a pas dépassé le délai de présence de 90 jours sur une période de 180 jours. S'il ressort du procès-verbal de son audition du 19 mai 2023 devant les services de police qu'il a déclaré habiter en France " depuis 5-6 mois ", cette affirmation n'est pas contradictoire avec la possibilité qu'il ait séjourné en Albanie du début du mois de janvier 2023 au 17 mars 2023 sur les six derniers mois. En outre, il produit des billets d'avion au profit de sa compagne, affirme qu'elle lui aurait rendu visite en Albanie en juillet et novembre 2022, et déclare avoir réservé un vol à destination de l'Albanie pour le 4 juin 2023. Par ailleurs, il produit une autorisation de travail délivrée le 4 janvier 2023 pour un contrat à durée indéterminée en qualité de plaquiste, le contrat en question signé du 4 janvier 2023 avec l'entreprise intéressée, ainsi que le récépissé d'une demande de visa de long séjour faite en son nom le 18 janvier 2023 à l'ambassade de France en Albanie, de sorte qu'il établit avoir réalisé des démarches en vue de l'obtention d'un visa de long séjour lui permettant d'occuper un emploi salarié. Enfin, il fait valoir qu'il dispose d'un visa valide mentionné dans le système d'information " visabio ", que les services de la gendarmerie ont pu consulter lors de son audition et produit un courriel de la section consulaire de l'ambassade de France en Albanie du 10 mai 2023, ainsi qu'une traduction de ce courriel, qui indique que le traitement de sa demande de visa est terminé et qu'il pourra remettre son passeport aux heures d'ouverture des locaux. Compte tenu des circonstances particulières de l'espèce et des pièces concordantes produites par le requérant pour corroborer ses dires, le préfet de la Savoie, qui n'a pas produit d'observations en défense, a commis une erreur manifeste d'appréciation en faisant application des dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prendre à l'encontre de M. A une obligation de quitter le territoire français.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 20 mai 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination doit être annulé. Par voie de conséquence, l'arrêté du même jour portant assignation à résidence doit être annulé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
7. Aux termes de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu ".
8. Il résulte de l'instruction que M. A s'est vu remettre un récépissé contre remise de documents de voyage en application des dispositions précitées, son passeport albanais n° BD7593794 et son permis de conduire albanais n° C2B09002A-1 ayant été retenus. En raison du motif qui la fonde, l'annulation des arrêtés attaqués implique nécessairement que le préfet de la Savoie, ou tout autre autorité qui serait en leur possession, restitue à M. A ces documents sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Compte tenu des motifs invoqués lors de l'audience, et notamment de la réservation d'un vol à destination de l'Albanie en date du 4 juin 2023, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Savoie, ou à tout autre autorité, de procéder à cette restitution dans un délai de quatre jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
9. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son conseil peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leurent, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Leurent de la somme de 900 euros.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Savoie du 20 mai 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai est annulé.
Article 3 : L'arrêté du préfet de la Savoie du 20 mai 2023 assignant M. A à résidence est annulé.
Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Savoie, ou à toute autre autorité qui en serait détentrice, de restituer à M. A son passeport albanais n° BD7593794 et son permis de conduire albanais n° C2B09002A-1 dans un délai de quatre jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 5 : L'Etat versera à Me Leurent une somme de 900 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à la perception de l'aide juridictionnelle.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Leurent et au préfet de la Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
La magistrate désignée,
M. d'Elbreil
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2303206
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026