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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303253

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303253

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303253
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantALONSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mai 2023, et des pièces complémentaires enregistrées le 23 mai 2023, M. B D, représenté par Me Alonso, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2023 par lequel le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour sous une astreinte journalière d'un montant déterminé par le tribunal ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- l'arrête attaqué est entaché d'une erreur matérielle de fait ;

- l'arrêté attaqué repose sur des motifs erronés s'agissant de son absence de respect de l'obligation de quitter le territoire français, étant précisé qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Des pièces ont été enregistrées pour le préfet de la Savoie le 24 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme d'Elbreil, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,

- les observations de Me Leurent, substituant Me Alonso.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né en 1993, est entré en France le 24 janvier 2023 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de court séjour. Le 20 mai 2023, il a fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Savoie portant obligation de quitter le territoire français sans délai, obligation assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Savoie l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. D demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 20 mai 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et fixant le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A C, sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en cause doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

4. L'arrêté du 20 mai 2023 mentionne les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs aux motifs de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. En outre, il mentionne que M. D se maintient en France, n'a pas sollicité de titre de séjour et a indiqué lors de son audition par les services de police souhaiter rester en France. Dans ces circonstances, la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ énonce, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle repose. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () ".

6. M. D fait valoir qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il est arrivé en France muni d'un visa, aucun élément ne permettant de présager qu'il ne se conformerait pas à l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été notifiée. Toutefois, en se bornant à évoquer sa volonté de demander un titre de séjour, il ne conteste pas ne pas avoir déposé une telle demande, alors qu'il est constant que son visa de court séjour expirait le 10 février 2023, de sorte qu'il entrait à la date de la décision attaquée dans les conditions précitées du 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il ressort du procès-verbal de son audition par les services de police qu'il a indiqué vouloir rester en France. Dès lors, le préfet de la Savoie pouvait, en application des dispositions précitées, refuser d'accorder à M. D un délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, et ce nonobstant la circonstance qu'il ne représenterait pas une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyens tirés d'une erreur matérielle de fait et d'une méconnaissance des dispositions précitées doivent être écartés.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. D se prévaut de la présence en France d'un cousin qui l'héberge et produit des attestations de connaissances qui lui témoignent son soutien. Il se prévaut également de la présence en France de sa compagne, qui dispose d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'en 2031, et de sa volonté d'épouser cette dernière. Il produit un dossier de mariage déposé le 30 mars 2023 auprès de la mairie de Chambéry pour une date de mariage à déterminer et soutient vouloir déposer une demande de titre de séjour à la suite de son mariage. Toutefois, il est constant que l'intéressé n'est présent sur le territoire national que depuis janvier 2023, a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans en Algérie, et ne se prévaut pas d'une insertion dans la société française d'une intensité et d'une stabilité particulière. En outre, il a déclaré que ses parents résident encore dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, la décision attaquée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Savoie aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Alonso et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

La magistrate désignée,

M. d'Elbreil

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2303253

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