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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303256

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303256

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 10
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mai 2023, M. C B, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour et, à défaut, de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- sont entachées d'un défaut de motivation ;

- sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant ;

- sont entachées d'un vice de procédure ;

- sont entachées d'une erreur de fait ;

- méconnaissent l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne sur le droit à être entendue ;

- le préfet n'a pas produit l'avis du collège des médecins de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration ;

- l'avis du collège des médecins méconnaît l'article 6 du décret du 27 décembre 2016 ;

- est entaché d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;

- les décisions méconnaissent l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet doit s'assurer de l'accessibilité réelle du traitement dans son pays d'origine ;

- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Huard pour M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité guinéenne, est entré en France le 10 mai 2021 selon ses dires. Il s'est rendu à la préfecture de l'Isère le 15 mai 2021 afin d'y demander l'asile et a été placé en procédure Dublin. La France étant devenue responsable de sa demande d'asile, il a déposé une demande d'asile en procédure normale le 17 janvier 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 28 avril 2022. . Le 18 octobre 2022, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours contre la décision de l'OFPRA pour irrecevabilité. Le 16 mars 2022, il a fait une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignation d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. B, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. L'arrêté attaqué a énoncé les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de l'obligation de quitter le territoire français émise à l'encontre de M. B. Il vise, en particulier, les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise les éléments se rapportant à la situation personnelle, familiale et administrative du requérant. Il ressort des termes de l'arrêté que le préfet de l'Isère, avant de prendre cette décision, a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé telle qu'elle avait été portée à sa connaissance ou qu'il se serait cru lié par l'avis du collège de médecins. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle de M. B doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision ().Lorsque l'étranger conteste une décision portant obligation de quitter le territoire fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 et une décision relative au séjour intervenue concomitamment, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue par une seule décision sur les deux contestations ".

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État / () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. /L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. /Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre (). /Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

6. Le préfet a produit en défense l'avis du collège des médecins de l'OFII, émis le 27 juin 2022. Le collège des médecins de l'OFII a estimé que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu' il pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine.

7. Cet avis est signé par les docteurs Norindr, Delaunay et Masbahy. qui ont été dûment habilités par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, régulièrement publiée, à siéger au collège des médecins de cet office. Il ressort des pièces du dossier que cet avis a été rendu sur la base du rapport médical rédigé par le docteur D. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure, du fait de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, doit être écarté.

8. Si le juge est saisi à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il lui appartient de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

9. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B, le préfet de l'Isère s'est fondé sur l'avis du collège de médecins précité indiquant que, si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale son défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine. Si M. B fait valoir qu'il souffre d'un stress post-traumatique lié aux persécutions subies en Guinée, les documents qu'il produit ne permettent pas de remettre en cause l'avis de l'Office. .Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. L'entrée en France de M. B est récente et il ne justifie d'aucune intégration particulière alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches en Guinée où réside sa femme et ses enfants. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France du requérant, il n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. A supposer que le préfet de l'Isère aurait entaché sa décision d'une erreur de fait en mentionnant que M. B était défavorablement connu en Suisse, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cette erreur aurait eu une influence sur le sens de la décision du préfet.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

12. D'une part, la décision portant refus de titre de séjour n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui de la demande d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écartée.

13. D'autre part, pour les motifs exposés au point 9, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. En dernier lieu, si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement invoquer le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, et qui implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Le requérant a eu la possibilité de présenter tout élément qu'il estimait utile soit pendant l'instruction de sa demande de titre soit pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. En tout état de cause, il ne justifie pas d'éléments qu'il aurait vainement tenté de porter à la connaissance du préfet et qui auraient eu une incidence sur le sens de la décision contestée. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. M. B fait valoir qu'il est menacé en Guinée du fait de son orientation sexuelle. Toutefois, en l'absence de tout justificatif et alors d'ailleurs que sa demande d'asile a été rejetée, il ne rapporte pas la preuve de l'existence de risques actuels, personnels et sérieux auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine où résident sa femme et ses enfants. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.

Le président

J.P. A

La greffière

A. MULLER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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