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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303331

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303331

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 2
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mai 2023 Mme B, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Isère du 25 avril 2023 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer l'inscription de non admission au fichier d'information schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1200 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen de la situation du requérant ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée par voie de conséquence ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle méconnaît les articles 2 et 3 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Mathis pour la requérante.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante angolaise, déclare être entrée sur le territoire français le 12 février 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 22 juillet 2022, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 8 décembre 2022. Par un arrêté en date du 25 avril 2023, le préfet de l'Isère l'a obligée, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision dans son ensemble :

3. L'arrêté attaqué énonce avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il répond de fait aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante avant de prendre la décision en litige, eu égard aux éléments dont l'intéressée avait fait part. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. L'entrée en France de la requérante est récente. Si elle indique que son compagnon, père de ses deux enfants restés en Angola réside en France et possède le statut de réfugié, elle ne justifie nullement de ses dires, la mention dans la décision de la cour nationale du droit d'asile n'étant pas à cet égard suffisante. Par ailleurs, il n'est pas justifié que le couple séparé depuis plusieurs années aurait un projet de vie commun. Si elle indique qu'un retour dans son pays d'origine l'exposerait à des risques, elle n'en justifie pas. Aussi, dans ces conditions, la décision litigieuse n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante à mener une vie privée et familiale normale et ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, elle n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

5. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale par la voie de l'exception d'illégalité.

6. Aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi ". Et aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. La requérante soutient qu'elle ne peut rejoindre son pays d'origine. Elle n'apporte cependant pas suffisamment d'éléments permettant d'établir l'existence de risques actuels, personnels et sérieux auxquels elle pourrait être exposée en cas de retour en Angola, ni même qu'elle encourrait le risque d'être exposée à des traitements inhumains et dégradants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

8. Il résulte donc de ce qui précède que les conclusions en annulation et à fin d'injonction de la requête doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à Me Mathis et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

La magistrate désignée,

D. ALa greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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