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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303342

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303342

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 3
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par deux requêtes enregistrées le 25 mai 2023, M. A D et Mme C B épouse D, représentés par Me Mathis, demandent au tribunal, chacun en ce qui le concerne :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre audit préfet, d'une part, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de le munir dans le délai de deux jours d'une autorisation provisoire de séjour et, d'autre part, de faire supprimer son signalement dans le fichier dit " système d'information Schengen (SIS) " ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. et Mme D soutiennent, chacune en ce qui le concerne, que :

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée, entachée d'erreur de fait dès lors qu'il a présenté une demande de titre de séjour et de défaut d'examen ;

- méconnaît le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- doit être annulée par voie de conséquence ;

- méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Triolet en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Triolet a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Triolet,

- et les observations de Me Mathis, assistant M. D, qui maintient les demandes et moyens développés par écrit et indique notamment que l'enfant du couple a été convoqué devant le collège des médecins de l'OFII.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience,

1. M. et Mme D, ressortissants kosovars nés en 1986 et 1989, disent être entrés en France le 14 août 2022 accompagnés de leur fils né le 30 avril 2021. Ils ont demandé l'asile le 6 septembre 2022. Cette demande a été rejetée le 12 janvier 2023 par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) qui a fait application des dispositions du 1° de l'article L. 531-24 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les requérants ont introduit un recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Ils se sont présentés en préfecture le 21 décembre 2022 pour déposer une demande de titre de séjour en qualité de parent accompagnant un enfant malade. Par les arrêtés attaqués du 25 avril 2023, le préfet leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution forcée des mesures.

2. Les requêtes concernent le droit au séjour d'un couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

3. Eu égard à l'urgence à statuer sur les requêtes, il y a lieu d'admettre M. et Mme D à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

4. Aux termes de l'article L. 425-10 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".

5. Il est justifié que M. et Mme D ont demandé le 21 décembre 2022 à être provisoirement autorisés au séjour en raison de l'état de santé de leur enfant. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet aurait statué sur ces demandes et la seule référence, dans les arrêtés en litige, au délai de l'article D. 431-7 du même code, stéréotypée, dépourvue de toute mention propre à leur situation et contradictoire avec le contenu des arrêtés comme avec la consultation du collège des médecins de l'OFII, ne permet pas de retenir que ces demandes d'autorisation provisoire au séjour en qualité de parents accompagnants auraient été rejetées comme tardives. Or si leur fils remplit les conditions de l'article L. 425-9 et que leur demande n'est pas tardive, M. et Mme D peuvent prétendre à être autorisés au séjour le temps des soins. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir qu'en mentionnant dans les arrêtés en litige qu'ils n'ont " formulé aucune demande à l'admission au séjour prévu par application de l'article L. 431-2 du CESEDA ", le préfet a entaché ses arrêtés d'erreur de fait ayant une incidence sur le sens de la décision et de défaut d'examen de leur situation personnelle.

6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes que les obligations de quitter le territoire et les décisions fixant le pays de renvoi doivent être annulées.

7. Le présent jugement implique par application des dispositions de l'article L. 614-16 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet munisse les requérants d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur leur situation. Il y a lieu de fixer le délai de délivrance de cette autorisation provisoire à huit jours. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que les requérants, qui ne font pas l'objet d'une interdiction de retour, pourraient être inscrits dans le SIS et il n'y a pas lieu d'enjoindre au préfet de supprimer leur signalement dans ce fichier.

8. Partie perdante, l'Etat versera une somme globale de 1 300 euros au conseil de M. et Mme D au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme D sont admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les arrêtés du 25 avril 2023 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation de M. et Mme D et, dans l'attente, de remettre à chacun, dans le délai de huit jours, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : l'Etat versera une somme globale de 1 300 euros au conseil de M. et Mme D au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, Mme C B épouse D, à Me Mathis et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition greffe le 22 juin 2023.

La magistrate désignée,

A. TrioletLa greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2,2303344

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