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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303389

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303389

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303389
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mai 2023, M. E A, représenté par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2023, notifié le 25, par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

-l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut d'examen ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant que son éloignement demeurait une perspective raisonnable, dès lors qu'l a interjeté appel à l'encontre du jugement du tribunal de céans ayant rejeté le recours qu'il avait formé contre l'arrêté du 14 novembre 2022 portant notamment obligation de quitter le territoire français ;

- l'arrêté en litige est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté du 14 novembre 2022 ; cet arrêté méconnait l'article 6-1 de l'accord franco algérien dès lors qu'il réside en France depuis plus de dix ans ; le préfet aurait dû examiner sa demande d'autorisation de travail en vertu de l'article 7 du même accord ; il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation .

Par un mémoire enregistré le 30 mai 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il conteste chacun des moyens soulevés par le requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à M. D les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 30 mai 2023 à 14h, le magistrat désigné a présenté son rapport, et entendu les observations de Me Borges de Deus Correia,

La clôture de l'instruction a, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, été prononcée à 14h30.

Considérant ce qui suit :

1.M. E A, ressortissant algérien né le 20 mai 1987, déclare résider en France depuis 2011, y être entré en France pour la dernière fois en juin 2016 sous couvert d'un visa de court séjour, et s'y être maintenu malgré son expiration. Il a obtenu un titre de séjour en qualité de conjoint de français de juin 2018 à juin 2019 puis un certificat de résidence algérien portant la mention de commerçant valable du 12 juin 2020 au 11 juin 2021. Le 1er décembre 2020, il a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien en qualité de commerçant ou la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 14 novembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de faire droit à ses demandes et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours qu'il a formé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du 21 mars 2023 du tribunal de céans, et il a déjà obtenu le 10 mai 2023 le bénéfice de l'aide juridictionnelle afin d'interjeter appel à l'encontre de ce jugement. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 mai 2023, notifié le 25, par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

3.L'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, qui disposait d'une délégation de signature consentie par l'arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 26 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

4.M. A ne fait valoir aucun élément que le préfet aurait omis de prendre en compte lors de l'examen de sa situation. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux ne peut qu'être rejeté.

5.M. A ne peut utilement faire valoir, afin de contester que son éloignement demeure une perspective raisonnable, qu'il a sollicité l'aide juridictionnelle en vue d'interjeter appel du jugement du 21 mars 2023, l'exercice d'une telle voie de recours n'ayant pas d'effet suspensif sur la mesure portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté du 14 novembre 2022 contestée par la voie de l'exception :

6.Aux termes des stipulations du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans () ".

7.M. A, qui ne produit aucune pièce démontrant qu'il résidait en France entre octobre 2013 et octobre 2014, ne justifie pas d'une résidence habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

8.Aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi , un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ".

9.M. A n'apporte dans la présente instance aucun élément pour établir qu'à la date de l'arrêté du 14 novembre 2022, il aurait saisi le préfet de l'Isère, d'une demande d'autorisation de travail. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

10.Enfin, M. A est célibataire sans enfant. S'il a bénéficié à compter d'août 2016 de récépissés de demande de titre de séjour, d'un titre de séjour du 16 juin 2018 au 15 juin 2019 et du 12 juin 2020 au 11 juin 2021 et si un de ses frères vit en France, il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents, ses deux sœurs et un frère et où il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans. S'il soutient avoir travaillé sans interruption depuis l'année 2016, les centaines de pièces qu'il produit à l'appui de de sa requête, rassemblées par année en vrac sur un seul signet et sans être assorties d'aucune analyse ou inventaire détaillé, n'en justifient pas, alors au surplus qu'il n'a déclaré que de faibles revenus au titre de chacune de ces années. Dans ces conditions, et nonobstant la durée de sa présence en France, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11.Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par le requérant à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête susvisée de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de l'Isère, ainsi qu'à Me Borges de Deus Correia .

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

Le magistrat désigné,

N. DLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° N°s 2303389

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