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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303445

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303445

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303445
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 6
Avocat requérantPIEROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2023, M. A C, représenté par Me Pierot, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer à titre principal un titre de séjour " vie privée et familiale " et ce dans un délai de 30 jours à compter du jugement, et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les 2 jours de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- la décision n'est pas motivée ;

- elle est prise par une autorité incompétente ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- elle est prise par une autorité incompétente ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Vial-Pailler, vice-président.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a présenté son rapport au cours de l'audience publique et a constaté l'absence des parties.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, de nationalité turque, né le 1er janvier 1989, est entré en France en septembre 2021 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée le 13 avril 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le 5 décembre 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Aux termes de l'arrêté attaqué du 25 avril 2023, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les moyens communs :

3. La décision contestée a été signée par Mme B D, chef du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du préfet de l'Isère du 26 juillet 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

4. L'arrêté attaqué comprend les considérations de droit et les éléments de fait qui le fondent. Le préfet n'est pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments tenant à la situation personnelle dont le requérant entend se prévaloir. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté serait insuffisamment motivé ni que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.

5. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie devant la Cour nationale du droit d'asile est inopérant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. C soutient qu'il est de principe interdit d'extrader, d'expulser ou de renvoyer une personne vers un pays dans lequel elle risquerait de subir et d'être exposée à un traitement dégradant ou inhumain.

8. Toutefois, ainsi qu'il est dit ci-après, M. C, dont la demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par l'OFPRA le 13 avril 2022, décision confirmée par la CNDA le 5 décembre 2022, n'établit pas qu'il ne pourrait mener une vie familiale normale qu'en France compte tenu des menaces graves dont il ferait l'objet dans son pays d'origine. En tout état de cause, M. C n'est présent sur le territoire français que depuis moins de deux ans selon ses déclarations alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans dans son pays d'origine, soit la majeure partie de sa vie, pays dans lequel il s'y est nécessairement forgé des liens amicaux, sociaux, voire même professionnels et dans lequel réside son épouse. Il s'ensuit, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de M. C, que le préfet de l'Isère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a donc, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le pays de destination :

9. En premier lieu, ainsi qu'il vient d'être mentionné, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. M. C soutient qu'il ne peut retourner en Turquie eu égard aux risques encourus pour sa vie, sa liberté et sa sécurité. Toutefois, M. C, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'OFPRA et par la Cour nationale du droit d'asile, ne produit, en dehors de son recours devant la CNDA, aucun élément permettant d'établir l'existence de menaces de mort liées à son appartenance à l'ethnie kurde et en raison de ses opinions politiques en faveur du HDP. Dès lors, la requérant ne justifie pas de la réalité et l'actualité des risques encourus dans son pays en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses concluions aux fins d'injonction et d'application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. A C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Pierot et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.

Le magistrat désigné,

C. Vial-Pailler

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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