mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2303470 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juin 2023, M. C B, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné dans le département de l'Isère pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer sous huitaine une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
4°) de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît le droit d'être entendu, le principe général de droit de l'Union européenne du droit de la défense et de la bonne administration ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le refus de délai de départ méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale et il est disproportionné ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français et de celle refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;
- elle est insuffisamment motivée dans la mesure où l'existence de circonstances humanitaires visées par le texte de l'article L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été examinées ;
- des circonstances humanitaires s'opposaient à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français ;
- c'est à tort que le préfet de l'Isère estime qu'il représente une menace à l'ordre public et se fonde sur ce critère pour prononcer une mesure d'interdiction ;
- cette mesure est disproportionnée dans sa durée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- la décision décidant son assignation à résidence sera annulée par voie de conséquence des décisions portant obligation de quitter le territoire français et le privant de tout délai de départ volontaire.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu :
- Vu les autres pièces du dossier ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Huard représentant M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né en 1989, soutient être entré en France en mai 2022. Il a été interpellé le 30 mai 2023 par les services de la police de Grenoble. Par arrêté du 30 mai 2023, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un autre arrêté du 30 mai 2023, le préfet de l'Isère l'a assigné dans le département de l'Isère pour une durée de 45 jours. Par sa requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".
4. L'obligation de quitter le territoire français du 30 mai 2023 développe suffisamment les éléments portant sur la situation personnelle de M. B. Elle comporte également les considérations de droit, notamment la référence précise aux dispositions citées au point 3, qui en constituent le fondement. Dès lors le moyen tiré du défaut de motivation doit être rejeté.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a pu faire valoir les éléments concernant sa situation lors de son audition du 30 mai 2023 par les services de police de Grenoble à laquelle fait référence la décision attaquée. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'il disposait d'informations pertinentes et nouvelles qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance du préfet de l'Isère et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'il a été privé du droit d'être entendu qu'il tient des principes généraux du droit de l'Union européenne doit être écarté.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Le séjour en France de M. B était très récent à la date de l'arrêté attaqué. Si son père séjourne régulièrement en France depuis 2001 ainsi que sa mère qui l'a rejoint en 2015 au titre du regroupement familial, M. B est resté pendant ces périodes en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans et où résident son épouse et son enfant. Par ailleurs, il n'est pas établi par les pièces qu'il produit à l'instance que sa présence en France aux côtés de ses parents serait indispensable en raison de leur état de santé. Ainsi, eu égard notamment aux conditions et à la durée de son séjour en France, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de cette décision.
8. Pour les raisons qui viennent d'être exposées, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle comporte sur la situation de l'intéressé.
Sur la légalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts ()".
10. Il ressort des pièces du dossier que, comme le relève l'arrêté attaqué, M. B entre dans les cas mentionnés aux 1° et 8° de l'article L. 612-3 dans lesquels le risque de soustraction à une nouvelle obligation de quitter le territoire français est présumé. Le seul fait que ses parents vivent en France depuis de nombreuses années ne constitue pas " des circonstances particulières " qui feraient obstacle à la réalisation de ce risque. Dès lors, c'est sans méconnaiîre les dispositions citées au point 9 que le préfet de l'Isère a pu refuser d'accorder à M. B un délai de départ volontaire.
11. Eu égard à ce qu'il a été dit au point 7, il n'est pas établi que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. B méconnaisse les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés publiques.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. M. B n'établit pas l'illégalité des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions à l'appui du recours en annulation contre la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
14. Pour prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de l'Isère indique que si l'intéressé ne s'est pas soustrait à une précédente mesure d'éloignement, " il représente une menace à l'ordre public puisqu'il a été interpellé le 30/05/2023 par les services de la police de Grenoble pour des faits de vol aggravé en réunion ; que sa durée de présence en France est faible par rapport au temps qu'il a passé dans son pays d'origine, puisqu'il déclare être entré en France il y a seulement un an ; qu'ainsi il s'est nécessairement forgé des liens familiaux et sociaux en Algérie ; qu'en outre il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident son épouse et son enfant ; qu'enfin même il déclare n'avoir que sa mère sur le territoire français ". Le préfet de l'Isère a ainsi pris en compte l'ensemble des critères mentionnés par les dispositions de l'article L. 612-10 précité. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
15. Le requérant fait valoir que c'est à tort que le préfet de l'Isère a estimé qu'il représente une menace à l'ordre public dès lors qu'il ne serait pas l'auteur du vol aggravé qui lui est reproché. Toutefois, et en tout état de cause, il résulte de l'instruction que le préfet de l'Isère aurait pris la même décision d'interdiction, tant dans son principe que sa durée, en se fondant uniquement sur les motifs tenant à la faible durée de présence de M. B sur le territoire français et à la forte densité de ses liens en Algérie par rapport à ceux développés en France, indépendamment de celui tenant à la menace à l'ordre public.
16. Eu égard à sa situation exposée au point 7, M. B ne justifie pas de circonstances humanitaires qui auraient pu justifier que le préfet de l'Isère n'édicte pas d'interdiction de retour à son encontre.
17. En fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français alors que la durée maximale possible était de trois ans, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux circonstances de l'espèce et, en outre, n'a pas méconnu des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la légalité de la décision d'assignation à résidence :
18. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision l'assignant à résidence serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire sur laquelle elle se fonde.
19. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 :La requête de M. B est rejetée. Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Huard et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
Le magistrat désigné,La greffière,
J-L. A L. Bourechak
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026