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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303506

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303506

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303506
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juin 2023, Mme C B, représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) à titre principal, d'annuler la décision du 25 avril 2023 par laquelle le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter ce même territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer sans délai un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation sans délai et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'obligation de quitter le territoire en date du 25 avril 2023 jusqu'à la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît son droit à être entendue dès lors qu'elle n'a pas pu informer le préfet de l'Isère des circonstances qu'elle ne bénéficierait pas d'une protection internationale en Grèce, qu'elle n'a obtenu aucun titre de séjour dans ce pays, et qu'elle encourrait de forts risques de finir à la rue en cas de retour dans ce pays ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que des articles 4 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- sa demande de suspension est recevable.

Par un mémoire enregistré le 20 juin 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Huard, avocat de Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité érythréenne, déclare être entrée en France le 6 mars 2022. Le 10 mars suivant, elle a formulé une demande d'asile devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Cette demande a été rejetée comme irrecevable par une décision du 24 mai suivant, au motif qu'elle bénéficiait déjà d'une protection internationale en Grèce. L'intéressée a postérieurement contesté cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile par un recours en date du 29 juillet 2022. Par un arrêté du 25 avril 2023, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de l'Isère l'a informée de la fin de son droit au maintien sur le territoire français, l'a obligée à quitter ce même territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de Mme B, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquels il se fonde. En particulier, il vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise les éléments se rapportant à sa situation personnelle, familiale et administrative. Il est, par suite, suffisamment motivé.

4. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement invoquer le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, et qui implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. En l'occurrence, il ressort des pièces du dossier que la décision contestée a été prise après que le bénéfice de la protection internationale au titre de l'asile a été refusé à la requérante. Et, quand bien même il ressort de l'instruction que cette dernière n'a pas eu la possibilité de présenter ses observations sur une éventuelle mesure d'éloignement, elle était néanmoins dotée de la possibilité de présenter les observations qu'elle estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile et pouvait donc apporter à l'administration toutes les précisions qu'elle estimait nécessaire. En tout état de cause, l'intéressée n'établit pas qu'elle aurait vainement tenté d'obtenir un entretien auprès des services préfectoraux, ni même de porter à la connaissance du préfet des observations ou des documents qui auraient pu avoir une incidence sur le sens de la décision contestée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Si Mme B conteste être bénéficiaire d'une protection internationale en Grèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision de l'OFPRA, que celle-ci s'est vue reconnaître une protection internationale le 5 février 2020. Le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut par suite qu'être écarté.

7. La Grèce est un Etat membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complété par le protocole de New-York qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et doit par suite être regardée comme traitant les réfugiés dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors même que ces conditions d'accueil ne seraient pas équivalentes à celles offertes en France. Si Mme B soutient n'avoir pas bénéficié dans ce pays d'une protection effective, elle ne l'établit que par de simples considérations générales sur la situation des réfugiés dans ce pays.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. Mme B soutient qu'un retour en Grèce l'exposerait à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, alors que par une décision du 24 mai 2022, l'Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides a déclaré irrecevable sa demande d'asile aux motifs que depuis le 5 février 2020, elle s'est vue reconnaître le statut de réfugié par les autorités grecques et que la protection accordée par cet État doit être considérée comme effective, les rapports relatifs aux conditions d'accueil des réfugiés en Grèce produits par la requérante ne permettent pas de justifier qu'elle encourrait des risques personnels, actuels et réels de mauvais traitements en cas de retour en Grèce. Dès lors, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en fixant comme pays de destination tout pays où Mme B est légalement admissible et notamment la Grèce, à l'exclusion du pays dont elle a la nationalité. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

Sur les conclusions à fin de suspension :

9. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

10. A l'appui de sa demande de suspension, Mme B, qui s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée en Grèce, ne produit aucune pièce susceptible de démontrer la nécessité pour elle de se maintenir en France jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours dirigé à l'encontre de la décision d'irrecevabilité prise à son encontre par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 24 mai 2022. Par suite, les conclusions à fin de suspension doivent être rejetées.

11. Il résulte donc de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le président

J.P. A

Le greffier

Ph. MULLER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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