mercredi 7 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2303516 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GHANASSIA |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 2 juin 2023 sous le n° 2303517, M. B A, représenté par Me Ghanassia, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les deux jours suivant la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
* En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure.
* En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un vice de procédure ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
* En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
-elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.
* En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 2 juin 2023 sous le n° 2303516, M. B A, représenté par Me Ghanassia, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de faire cesser la mesure de surveillance dont il fait l'objet ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'erreur de droit.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Heintz, magistrat désigné,
- les observations de Me Ghanassia, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, a déclaré être entré en France le 10 mars 2023. A la suite de sa retenue par les services de police, le 31 mai 2023, aux fins de vérification de son identité et de son droit au séjour, le préfet de l'Isère a pris à son encontre deux arrêtés du 1er juin 2023 par lesquels, d'une part, il lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, d'autre part l'a assigné à résidence. M. A demande au tribunal l'annulation des deux arrêtés du 1er juin 2023.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2303516 et 2303517 présentées par M. A présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 27 de la même loi : " L'avocat qui prête son concours au bénéficiaire de l'aide juridictionnelle perçoit une rétribution ". En l'état de l'instruction, M. A remplit les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle. Par ailleurs, le règlement du présent litige revêt un caractère urgent au sens des dispositions précitées. Toutefois, la décision assignant un étranger à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ayant pour finalité de permettre l'exécution de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, les deux demandes d'aide juridictionnelle présentées par M. A dans les instances n° 2303516 et 2303517 doivent être regardées comme se rapportant à une seule affaire au sens de la loi du 10 juillet 1991. En conséquence, il n'est accordé au requérant, à titre provisoire, que le bénéfice d'une seule aide juridictionnelle pour ces deux instances.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 1er juin 2023 portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement et interdiction de retour sur le territoire :
S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :
4. En premier lieu, les décisions attaquées, qui énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées, sont suffisamment motivées. Il ressort des termes de l'arrêté que le préfet de l'Isère a examiné la situation personnelle du requérant. Le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à sa situation, mais seulement ceux sur lesquels elle s'est fondée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.
5. En deuxième lieu, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision de placement en rétention ou d'assignation à résidence dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
6. En l'espèce, lors de son interpellation, M. A a été auditionné dans le cadre d'une vérification de son droit au séjour et il ressort du procès-verbal d'audition qu'il a été invité à s'exprimer sur les raisons de sa venue en France, sur sa situation familiale, sur sa situation administrative, sur les démarches entreprises pour régulariser son séjour et sur son éventuel éloignement. Il n'est pas établi que M. A disposait d'autres informations qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance des services de la préfecture avant l'édiction des décisions qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle. Dans ces conditions, il doit être regardé comme ayant eu la faculté d'être entendu préalablement à l'édiction des décisions attaquées et le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit dès lors être écarté.
S'agissant des autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Si M. A invoque l'irrégularité de son interpellation au regard de l'article 78-2 du code de procédure pénale, toutefois, les conditions d'interpellation et de contrôle d'identité de l'intéressé, dont il appartient au seul juge judiciaire de connaître, sont sans incidence sur la légalité de la décision du préfet l'obligeant à quitter le territoire français, laquelle trouve son fondement légal dans les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, M. A n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions contre le refus de lui accorder un délai de départ volontaire.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Et aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".
10. Il ressort des pièces du dossier que lors de son contrôle, M. A n'a pas été en mesure de présenter un document transfrontière à son nom et en cours de validité et n'a pas justifié d'une résidence effective. Dans ces circonstances, en l'absence notamment de garanties de représentation suffisantes, le préfet était fondé à refuser de lui accorder un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
11. Compte tenu de ce qui précède, M. A n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions contre la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
13. Il résulte de la décision en litige que la durée de l'interdiction de séjour contestée a été fixée par le préfet de l'Isère après examen des critères énoncés par les dispositions citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par cette interdiction, de ces dispositions doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement et interdiction de retour doivent être rejetées. Par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction doivent également être rejetées.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
15. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, est suffisamment motivé et dépourvu de caractère stéréotypé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
17. M. A a été assigné à résidence sur le département de l'Isère, en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour une durée de quarante-cinq jours en vue de la mise en œuvre d'une obligation de quitter sans délai le territoire français prononcée par le préfet de l'Isère le 1er juin 2023. Il ressort des pièces du dossier, que M. A s'est engagé à défaut d'être en possession d'un passeport de prendre attache avec les autorités consulaires dont relève sa nationalité aux fins d'obtenir la délivrance d'un document transfrontière. L'exécution de l'obligation de quitter le territoire demeure ainsi une perspective raisonnable et présente un caractère utile et nécessaire.
18. En troisième lieu, M. A soutient que la décision en litige porte, par ses modalités, une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir. Toutefois, le préfet de l'Isère s'est borné, par une décision d'assignation moins pénalisante qu'une mesure de rétention, à faire obligation à l'intéressé de ne pas quitter le département de l'Isère et de se présenter les mardi et jeudi à 10 heure au commissariat de police de Grenoble. Le requérant ne fait état d'aucun élément de nature à retenir que la mesure d'assignation à résidence prise à son encontre est disproportionnée.
19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er juin 2023 portant assignation à résidence doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est accordé à M. A, à titre provisoire, le bénéfice d'une seule aide juridictionnelle au titre des instances n° 2303516 et 2303517.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Ghanassia et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.
Le magistrat désigné,
M. HEINTZLa greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 2303517
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026