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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303542

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303542

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303542
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGUEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 2 juin 2023, 14 juin 2023 et 26 juin 2023, M. B A, représenté par Me Gueye, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 et l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à sa vie privée et familiale ;

- elle est dépourvue de base légale ;

- la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un courrier du 29 juin 2023, les parties ont été avisées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, par le préfet de la Haute-Savoie, les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant insusceptibles de s'appliquer à un ressortissant sénégalais, dont la situation est exclusivement régie par la convention signée le 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal, et de ce que le tribunal est susceptible de procéder à une substitution de base légale en substituant aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile les stipulations de l'article 9 de cette convention.

Par un mémoire enregistré le 30 juin 2023, M. A a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.

Par un mémoire enregistré le 30 juin 2023, le préfet de la Haute-Savoie a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.

L'instruction a été automatiquement clôturée trois jours francs avant la date d'audience, en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

M. A a adressé un mémoire le 4 juillet 2023, parvenu après clôture, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal, relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Dakar le 1er août 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Coutarel, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né en 2000, est entré sur le territoire français le 18 octobre 2018, sous couvert d'un visa long séjour valable du 15 octobre 2018 au 15 octobre 2019 afin de poursuivre ses études. A l'issue, trois titres de séjour lui ont été délivrés en qualité d'étudiant sur la période du 11 février 2020 au 31 octobre 2022. Le 26 octobre 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour selon les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 mai 2023, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. L'arrêté attaqué a été pris par M. David-Anthony Delavoët, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Savoie, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature en date du 15 décembre 2022, régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. L'arrêté attaqué, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, est suffisamment motivé. Le préfet de la Haute-Savoie n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". D'autre part, aux termes de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise susvisée : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre Etat, doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de pré-inscription dans l'établissement d'enseignement choisi (). Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. Les intéressés reçoivent le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants ". L'article 13 de la même convention stipule que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux États sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ".

6. Il résulte des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants sénégalais désireux de poursuivre leurs études supérieures en France, dont la situation est régie par l'article 9 de cet accord. Par suite, l'arrêté attaqué ne pouvait être pris sur le seul fondement des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

8. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. A, le préfet de la Haute-Savoie s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé n'est pas en mesure de justifier d'un nouveau certificat d'inscription dans un établissement d'enseignement supérieur en France pour l'année universitaire 2022-2023, la formation à distance ne créant pas une obligation de résider en France au sens de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit. Il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté, à l'appui de sa demande de renouvellement de titre de séjour, un contrat d'enseignement de formation professionnelle à distance " webmaster " signé par l'établissement ESECAD. Toutefois, un tel enseignement à distance, qui ne nécessite pas le séjour en France de l'étudiant étranger qui désire le suivre, n'est pas de nature à ouvrir droit à un titre de séjour en qualité d'étudiant et M. A n'apporte aucun élément de nature à justifier qu'il ne pourrait pas suivre la formation en litige dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en refusant la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Savoie n'a commis aucune erreur d'appréciation et de droit dans l'application des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-sénégalienne susvisée.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. L'exception d'illégalité des refus de titre de séjour directement invoquée contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée par les motifs exposés aux points précédents.

10. A la date de l'obligation contestée, M. A ne résidait en France que depuis quatre ans sous couvert d'un titre de séjour ne lui donnant pas vocation à y demeurer alors qu'il a vécu dans son pays d'origine, où il conserve nécessairement des attaches personnelles, jusqu'à l'âge de 18 ans. Ses activités professionnelles ne suffisent pas à caractériser une intégration particulière dans la société française. Si le requérant soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français lui fera perdre une année scolaire et entraînera des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle au regard de l'interruption de ses formations complémentaires et de son insertion professionnelle future, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que rien ne fait obstacle à ce qu'il poursuivre sa formation à distance depuis son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés, d'une part, de l'atteinte à sa vie privée et familiale et, d'autre part, de l'erreur manifeste d'appréciation entachant cette décision doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".

12. M. A ne fait pas état de circonstances exceptionnelles de nature à justifier qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise en méconnaissance de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen invoqué tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation doit dès lors être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du 15 mai 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :

M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Article 2 :

La requête de M. A est rejetée. Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Gueye et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme C et Mme Coutarel, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

A. Coutarel

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

V. Barnier

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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