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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303558

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303558

lundi 10 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303558
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 10
Avocat requérantBOUTHORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juin 2023, M. B C, représenté par Me Bouthors, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 5 mai 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an avec signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoinde le préfet de la Haute-Savoie à lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre la décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 752-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) de condamner l'Etat à payer à son conseil la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

1°) A titre principal, l'arrêté dans son ensemble est insuffisamment motivé ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination, l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit.

2°) A titre subsidiaire, l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 752-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant kosovar, est entré de manière irrégulière en France le 16 juin 2020 selon ses dires. Il a sollicité l'asile le 17 août 2020 qui lui a été refusé par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 22 décembre 2022. Par l'arrêté contesté du 5 mai 2023, le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an avec signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

3. L'arrêté attaqué énonce les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de l'obligation de quitter le territoire français émise à l'encontre de M. C. Il vise, en particulier, les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise les éléments se rapportant à la situation personnelle, familiale et administrative du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

4. M. C fait valoir qu'il est menacé en cas de retour dans son pays d'origine d'un risque de vendetta à son encontre suite à la condamnation pour meurtre de son père. Toutefois, en l'absence de tout justificatif et alors d'ailleurs que sa demande d'asile a été rejetée, il ne rapporte pas la preuve de l'existence de risques actuels, personnels et sérieux auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

6. Il ressort de l'arrêté attaqué que pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de la Haute-Savoie a, après avoir visé les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment indiqué que si le requérant ne représente pas une menace à l'ordre public et n'a pas fait l'objet de précédentes mesures d'éloignements, il n'était présent sur le territoire que deux ans et dix mois, qu'il ne justifiait pas d'attaches familiales proches et personnelles en France et qu'il n'établissait pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français, qui fait application des critères fixés par les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas entachée d'une erreur de droit.

7. Le requérant ne démontre pas qu'en lui faisant interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet de la Haute-Savoie aurait entaché sa décision d'illégalité alors que, comme il a été dit, sa présence sur le territoire français est récente et ses liens avec la France sont quasi inexistants.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

9. Ainsi qu'il a été exposé ci-dessus, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'exécution des obligations de quitter le territoire en litige serait susceptible d'exposer le requérant à des risques contraires aux articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, l'intéressé ne fait pas état d'éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ne rende sa décision. Par suite, les conclusions aux fins de suspension d'exécution ne peuvent qu'être rejetées.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans toutes leurs conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Bouthors et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.

Le président

J.P. A

La greffière

A. MULLER

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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