lundi 10 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2303562 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge unique 10 |
| Avocat requérant | ZOUAOUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 juin 2023, M. B C, représenté par Me Zouaoui, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 mai 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an avec signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.
M. C soutient que :
L'arrêté dans son ensemble :
- a été signé par une autorité incompétente ;
- n'a pas été précédé de l'examen de sa situation personnelle ;
- est insuffisamment motivé ;
-méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne tient pas compte de sa situation personnelle ;
La décision fixant le pays de destination est illégale puisqu'il ne constitue par un risque pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023 à 14h12, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Wyss a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant kosovar née le 24 mars 1999, est entrée en France de manière irrégulière le 10 janvier 2023. Il a sollicité l'asile qui lui a été refusé par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 14 avril 2023. Une demande d'aide juridictionnelle est en cours afin de pouvoir introduire un recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 22 mai 2023 le préfet lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an avec signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
2. L'arrêté a été signé par M. David-Anthony Delavoët, secrétaire général de la préfecture, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par le préfet par arrêté du 15 décembre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. L'arrêté contesté vise les textes dont il fait application, notamment les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C sur lesquelles le préfet de la Haute-Savoie s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jour, fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ainsi que pour décider, dans son principe et dans sa durée, de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national. Par ailleurs, si le requérant soutient notamment que l'arrêté attaqué ne ferait pas état des risques qu'il subit encore au Kosovo de la part de son cousin, l'autorité préfectorale, n'étant en tout état de cause pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale, a mentionné qu'il a prononcé son arrêté en raison du rejet de la demande d'asile du requérant. Par suite, l'arrêté contesté, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permettent ainsi à M. C d'en contester utilement le bien-fondé, est suffisamment motivé au regard de sa situation personnelle et des dispositions citées au point précédent. Il ne ressort ni de cette décision ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Savoie n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre la décision attaquée.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 542-2 de ce code prévoit cependant qu'il est dérogé aux dispositions précitées de l'article L. 542-1 lorsque l'OFPRA a pris une décision de rejet, notamment dans les cas prévus par l'article L. 531-24. Aux termes de l'article L. 531-24 dudit code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que le droit au maintien sur le territoire français d'un demandeur d'asile ressortissant d'un pays inscrit sur la liste des pays d'origine sûre cesse à compter de l'intervention de la décision de l'OFPRA, indépendamment de l'exercice d'une voie de recours devant la cour nationale du droit d'asile.
6. Le Kosovo est inscrit sur la liste des pays d'origine sûr prévue par l'article L. 531-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant, dont le droit au maintien a pris fin dès le rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA, n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Savoie aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant à quitter le territoire français sans attendre que la cour nationale du droit d'asile (CNDA) se prononce sur son recours.
7. M. C n'est arrivé en France qu'en janvier 2023, son arrivée est donc très récente. S'il indique avoir en France un frère, un oncle et des cousins, il n'est pas dépourvu d'attaches au Kosovo où il a vécu jusqu'à ces derniers mois. Dans ces circonstances, l'arrêté de préfet de la Haute-Savoie n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de destination :
8 Si M. C soutient qu'il encourt des risques des violences en cas de retour dans son pays d'origine à cause d'un conflit familial, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations venant démontrer qu'il encourait personnellement un risque alors que sa demande d'asile a été rejetée par les autorités compétentes. Dès lors, le préfet de la Haute-Savoie a pu l'obliger à quitter le territoire français et fixer le Kosovo comme pays de renvoi sans méconnaître les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. La circonstance qu'il ne constituerait pas une menace pour l'ordre public est sans incidence sur la fixation du pays de destination.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français
9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
10. L'arrêté litigieux vise l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et relève, notamment, que " compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, et ce même si sa présence sur le territoire français ne représente pas une menace à l'ordre public, une interdiction de retour d'une durée d'un an peut être prononcée à l'encontre de M. D B ; qu'en effet, l'intéressé, qui n'a pas fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement, n'est présent sur le territoire français que depuis quatre mois ; qu'en outre, il ne justifie pas d'attaches familiales proches et personnelles en France et il n'établit pas être démuni de lien familial dans son pays d'origine ou résident son épouse et son enfant ; qu'ainsi, cette interdiction ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ". Ainsi, la décision contestée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde pour interdire à M. D de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an et mentionne les éléments au vu desquels cette décision a été prise, tant dans son principe que dans sa durée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prononcée par le préfet de la Haute-Savoie serait insuffisamment motivée et ne prendrait pas en compte sa situation personnelle.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, Me Zouaoui et au préfet de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.
Le président
J.P. Wyss
La greffière
A. MULLER
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026