vendredi 16 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2303566 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | PUNZANO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 5 et le 15 juin 2023, les associations One Voice, Ligue pour la protection des oiseaux Auvergne-Rhône-Alpes, Animal Cross et France Nature Environnement Savoie, représentées par Me Punzano, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du préfet de la Savoie du 23 juin 2022 relatif à l'ouverture et à la clôture de la chasse durant la campagne 2022-2023 dans le département de la Savoie en ce qu'il autorise une période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau du 15 au 30 juin 2023, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
L'urgence est caractérisée par l'atteinte grave et immédiate portée aux intérêts qu'elles défendent dès lors que ce mode de chasse engendre un niveau de souffrance élevé chez les animaux, qu'il n'est fixé aucun quota de prélèvement alors que leur rythme de reproduction des blaireaux est lent et qu'il n'a été procédé à aucune estimation de leur effectif dans le département, que la période de la chasse commence au 15 juin 2023 et qu'une seconde période de chasse complémentaire est prévue du 1er juillet au 9 septembre 2023 dans un arrêté à paraître alors qu'il n'existe aucun intérêt public justifiant l'exécution de l'arrêté faute de données attestant de dégâts causés par l'espèce ;
Les moyens de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté sont :
- le vice de procédure au regard de l'article R. 133-8 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'il n'est pas démontré que les membres de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage ont été convoqués au moins 5 jours avant la tenue de la réunion et que la convocation était accompagnée des documents nécessaires à l'examen de l'affaire ;
- l'insuffisance de la note de présentation soumise au public au regard de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement ;
- la méconnaissance de l'article L. 110-1 du code de l'environnement relatif au principe de précaution dès lors que la pratique de la vénerie fragilise l'équilibre biologique du blaireau et qu'aucune procédure d'évaluation n'a été menée ;
- la méconnaissance de l'article L. 424-10 du code de l'environnement dès lors que la vénerie sous terre conduit à la destruction prohibée de blaireautins ;
- la méconnaissance de l'article L. 420-1 du code de l'environnement en ce que l'arrêté porte atteinte à l'équilibre biologique de l'espèce ;
- la méconnaissance de l'article L. 420-1 du code de l'environnement en ce que l'arrêté porte atteinte à l'équilibre agro-sylvo-cynégétique ;
- la méconnaissance de l'article L. 411-1 du code de l'environnement dès lors que ce mode de chasse emporte destruction d'espèces protégées et de leurs habitats telles que le chat sauvage ou les chauves-souris alors qu'aucune dérogation n'a été accordée ;
- la méconnaissance de l'article L. 110-1 du code de l'environnement relatif au principe de précaution dès lors que l'arrêté attaqué est susceptible de porter atteinte à des espèces protégées ;
- l'article R. 424-5 du code de l'environnement, qui constitue la base légale de l'arrêté attaqué, méconnaît l'article L. 424-10 du code de l'environnement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de délibération permettant au président de l'association Animal Cross de représenter celle-ci en justice ;
- l'urgence n'est pas caractérisée au regard de la brièveté de la période complémentaire, de l'absence de pratique de la chasse aux blaireaux depuis 2020 et du bon état de conservation des populations de blaireaux en Savoie ;
- aucun des moyens n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 8 juillet 2022 sous le numéro 2204285 par laquelle les associations requérantes demandent l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu les observations de Me Punzano, représentant les associations requérantes.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté en date du 23 juin 2022, le préfet de la Savoie a fixé la période d'ouverture de la chasse pour le département de la Savoie du 11 septembre 2022 au 29 janvier 2023. L'article 2 de cet arrêté, dont il est demandé de suspendre l'exécution, a autorisé une période complémentaire de chasse du blaireau en vénerie sous terre, du 15 au 30 juin 2023.
Sur la fin de non-recevoir tenant à la qualité à agir de l'association Animal Cross :
2. L'association Animal Cross a, par une délibération de son conseil d'administration du 1er juin 2023, donné mandat à son président pour représenter l'association en justice contre l'arrêté attaqué. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. L'exécution de l'article 2 en litige emporte des effets irréversibles et non quantifiés sur la population de blaireaux en Savoie. Ces effets constituent une atteinte grave et immédiate aux intérêts des associations requérantes qui entendent protéger et défendre les différentes espèces animales. Si le préfet de la Savoie fait valoir que cette période de chasse complémentaire permet de répondre aux dégâts causés par les blaireaux sur les terres agricoles, il ne se prévaut que d'une dizaine de plaintes annuelles qui ne permettent pas de considérer qu'il existerait un intérêt public à la vénerie sous terre du blaireau, animal ne figurant pas dans la liste des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts. Au surplus, l'arrêté ne fixe pas de quota maximal de prélèvement. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative invoquée par les associations requérantes doit être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
6. D'une part, la note de présentation de l'arrêté relatif à l'ouverture et de fermeture de la campagne de chasse 2022-2023, se limite à présenter l'objet de l'arrêté dans sa globalité, sans mentionner l'existence d'une période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau, ni aucun élément quant au contexte ou à l'objectif d'une telle mesure, notamment pas les motifs justifiant l'ouverture de cette période complémentaire, sans que le préfet de la Savoie puisse utilement arguer du nombre d'observations émises par le public pour pallier l'insuffisance de cette note. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du II de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement, est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 424-10 du code de l'environnement : " Il est interdit de détruire, d'enlever ou d'endommager intentionnellement les nids et les oeufs, de ramasser les oeufs dans la nature et de les détenir. Il est interdit de détruire, d'enlever, de vendre, d'acheter et de transporter les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée, sous réserve des dispositions relatives aux animaux susceptibles d'occasionner des dégâts () ".
8. Il ressort d'une étude sur la reproduction des blaireaux que la période des naissances varie de début janvier à début avril en France et que durant les mois de mai, juin, juillet les blaireautins sont très vulnérables et ne peuvent survivre sans leur mère. Dans ces circonstances, la période de chasse complémentaire prévue par l'arrêté attaqué est susceptible de porter atteinte à ces juvéniles, dès lors que cette chasse sous terre ne permet pas de les distinguer des adultes et qu'ils demeurent en outre très dépendants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 424-10 du code de l'environnement est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'article 2 de l'arrêté du 23 juin 2022 en tant que cette disposition autorise la pratique de la vénerie sous terre du blaireau pour une période complémentaire comprise entre le 15 juin et le 30 juin 2023, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros à verser aux associations requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'article 2 de l'arrêté du préfet de la Savoie du 23 juin 2022 relatif à l'ouverture et la clôture de la chasse pour la campagne 2022-2023, est suspendue en tant qu'il autorise la pratique de la vénerie sous terre du blaireau pour une période complémentaire comprise entre le 15 juin et le 30 juin 2023.
Article 2 : L'Etat versera une somme globale de 500 euros aux associations One Voice, Ligue pour la protection des oiseaux Auvergne-Rhône-Alpes, Animal Cross et France Nature Environnement Savoie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée aux associations One Voice, Ligue pour la protection des oiseaux Auvergne-Rhône-Alpes, Animal cross, France nature environnement Savoie et au préfet de la Savoie.
Fait à Grenoble, le 16 juin 2023.
La juge des référés,La greffière,
A. AJ. BONINO
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026