Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303594

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303594
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juin 2023, M. A B, représenté par la SCP Themis avocats et associés, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de l'exécution de la décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a ordonné la prolongation de son maintien à l'isolement au sein du centre pénitentiaire de Valence ;

3°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice de lever la mesure d'isolement dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'il a demandé, en vain, une copie de la décision contestée ;

- la condition de l'urgence doit être présumée compte tenu des effets de la mesure sur ses conditions de détention ;

- il n'est pas établi que la décision contestée ait été signée par une autorité compétente ;

- les droits de la défense ont été violés dès lors qu'il n'est pas établi que le dossier contradictoire de placement à l'isolement lui ait été préalablement communiqué dans un délai raisonnable lui permettant de préparer sa défense, ni qu'il ait pu présenter des observations écrites et orales et être assisté par un avocat ;

- il n'est pas établi que l'avis du médecin intervenant dans l'établissement ait été recueilli comme l'exige l'article R. 213-21 du code pénitentiaire ;

- il n'est pas établi que la décision ait été prise au vu du rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires, ainsi que le prévoit l'article R. 213-25 du code pénitentiaire ;

- la mesure litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la matérialité des faits pour lesquels a été décidé son maintien à l'isolement n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'urgence n'est pas caractérisée ;

- les moyens soulevés ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. L'Hôte pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. L'Hôte, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique du 29 juin 2023, à laquelle aucune partie n'a été présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, écroué depuis le 15 février 2014, est incarcéré au centre pénitentiaire de Valence. Il fait l'objet, depuis le 2 mai 2017, d'une mesure de placement à l'isolement. Le 28 février 2023, il a été convoqué pour un débat contradictoire devant avoir lieu le 2 mars afin de recueillir ses observations sur son éventuel maintien à l'isolement. Le 3 avril 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice a décidé de prolonger son placement à l'isolement du 6 avril au 6 juillet 2023. M. B demande la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur le recours de M. B, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 3 avril 2023 prolongeant le placement à l'isolement de M. B du 6 avril au 6 juillet 2023. Par suite, la demande présentée par M. B tendant à la suspension de l'exécution de cette décision doit être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, sa demande à fin d'injonction et celle présentée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Fait à Grenoble, le 29 juin 2023.

Le juge des référés,

V. L'HÔTE

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.