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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303605

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303605

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303605
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantJOIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juin 2023, M. B A, représenté par Me Joie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi en cas de non-respect de ce délai de départ volontaire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours, et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé et est entaché d'erreur dans la matérialité des faits ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale, par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2023, le préfet de la Haute-Savoie, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Naillon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 17 novembre 2003 est un ressortissant ivoirien entré en France le 25 janvier 2020 alors qu'il était mineur. Par ordonnance de placement provisoire du 8 juillet 2020 du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Digne-les-Bains, puis par ordonnance du 1er février 2021 du juge des enfants près le tribunal judiciaire d'Annecy, il a été confié à la Direction de la protection de l'enfance de la Haute-Savoie. Le 22 juin 2021, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 20 mars 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer ce titre, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé la destination d'éloignement en cas de non-respect de ce délai de départ volontaire.

Sur la motivation de l'acte :

2. L'arrêté du 20 mars 2023 vise les textes dont il fait application et énonce les éléments de fait essentiels tenant à la situation personnelle, judiciaire, scolaire et professionnelle de M. A. Le requérant ne peut utilement soutenir qu'il méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles-ci étant applicables uniquement aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille. De plus, si le préfet a commis deux erreurs de fait, la première tenant à l'identité du demandeur correspond à une erreur matérielle isolée dans la mesure où l'arrêté mentionne bien dans ses autres visas et dans l'intégralité de ses motifs l'identité de M. B A, et la seconde tenant à la date d'entrée en France de l'intéressé est sans incidence sur la décision prise. Dès lors, l'arrêté est suffisamment motivé au sens des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, quand bien même le requérant aurait souhaité que d'autres éléments y soient mentionnés. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

Sur la décision de refus de délivrance du titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

4. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou de " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, était inscrit en certificat d'aptitude professionnel (CAP) " Cuisine " depuis septembre 2020, et n'a pu débuter sa formation qu'au mois d'avril 2021 en raison de la pandémie de Covid-19, soit depuis moins de six mois au jour de sa demande de titre de séjour. Âgé de plus de dix-neuf ans à la date de la décision attaquée, et dès lors qu'il ne remplit pas les conditions légales lui permettant de bénéficier d'un titre de séjour sur ce fondement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Célibataire et sans enfant, M. A déclare être entré en France le 25 janvier 2020, tel qu'il résulte de la date enregistrée sur le récépissé de demande de carte de séjour, alors qu'il était mineur. Présent depuis environ trois ans au jour de la décision attaquée, il n'établit pas l'existence de liens privés et familiaux sur le territoire. De plus, il n'a pas obtenu son CAP à l'issue de ses deux années de formation, en raison d'une moyenne générale et professionnelle insuffisante. Les bulletins scolaires produits à l'appui de sa demande de titre font état de beaucoup d'absences, et de résultats insuffisants. En outre, M. A, qui est décrit par le rapport éducatif du 21 décembre 2020 comme ayant des difficultés à respecter les règles de fonctionnement de la structure qui l'accueille, a fait l'objet de deux rappels à la loi, le 29 octobre 2020 pour des faits de vol à l'étalage, et le 20 octobre 2021 pour usage illicite de produits stupéfiants. Son manque de sérieux dans le suivi de sa formation, le non-respect du cadre qui lui est imposé par la structure d'accueil, et la commission d'infractions, ne sont pas de nature à démontrer des efforts d'insertion dans la société française. De surcroît, s'il est fils unique et n'a plus de lien avec son père, le rapport éducatif mentionne que sa mère, avec qui il a été en contact durant son séjour en Italie, et qu'il a souhaité aider en quittant son pays d'origine, réside en Côte d'Ivoire. Dès lors, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a refusé de lui délivrer ce titre de séjour. Pour les mêmes motifs, il n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences que comporte son arrêté sur la situation de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi en cas de non-respect du délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour doit être écarté.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs qu'évoqués au point 7, en l'obligeant à quitter le territoire français, et en fixant le pays de renvoi en cas de non-respect du délai de départ volontaire, le préfet n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris ces décisions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte, et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Portal, première conseillère,

Mme Naillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

L. Naillon

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2303605

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