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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303771

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303771

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL BLT DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 et 28 juin 2023, M. A B, représenté par Me Gras, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

- 1°) de suspendre l'exécution de la décision du 12 avril 2023 par laquelle le directeur du Centre Hospitalier Lucien Hussel a prononcé sa révocation ;

- 2°) d'enjoindre au Centre Hospitalier Lucien Hussel de le réintégrer provisoirement dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir ;

- 3°) de condamner le Centre Hospitalier de Vienne " Lucien Hussel " au versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie : depuis le 13 avril 2023, il est privé d'emploi et donc de rémunération ; avant la sanction, il percevait un traitement primes comprises, compris entre 2005 et 3200 euros ; en raison de la décision de révocation, les charges du foyers, à ce jour, excèdent, les revenus de ce dernier ; à compter du 5 juin, il doit également s'acquitter d'un prêt immobilier d'un montant mensuel de 880 euros puis de 1092 euros ; il pourra percevoir l'aide au retour à l'emploi uniquement à compter du 1er août 2023, pour 1 482 euros, somme bien inférieure à ses précédents revenus ; les revenus du foyers sont inférieurs aux dépenses de sorte que la décision portant révocation porte atteinte, de manière immédiate, à la situation du requérant et de sa compagne ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision : l'enquête administrative a été essentiellement menée à charge, sans que les différentes déclarations aient donné lieu à une confrontation des différentes personnes interrogées ; aucune précision n'a été demandée au sujet des dates ou des circonstances des faits reprochés ; les articles 6 et 9 du décret n°89-822 du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire ont été méconnus ; la décision est entachée d'erreur de fait ; la matérialité des faits n'est pas établie ; la décision est entachée d'erreur d'appréciation.

Vu la requête enregistrée sous le n° 2303680, le 11 juin 2023, par laquelle M. A B, représenté par Me Gras, demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 juin 2023 à 10H30 :

- le rapport de M. Vial-Pailler.

- les observations de Me Gras, représentant M. A B qui a indiqué que revenu de remplacement ne sera versé qu'à compter d'août 2023.

- les observations de Me Gastrein, représentant le Centre Hospitalier Lucien Hussel qui a sollicité un renvoi d'audience (son client ne l'ayant sollicité que peu de temps avant l'audience) qui n'a pas été accordé ; a soutenu que la procédure devant le conseil de discipline a été respectée, que les différents faits reprochés sont notamment fondés sur l'audition des agents ; que la condition d'urgence n'est pas remplie, le requérant bénéficiant d'un revenu de remplacement.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée pour le Centre Hospitalier Lucien Hussel a été enregistrée le 29 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Il résulte de l'instruction que la décision contestée a pour effet de priver M. B, qui indique être demandeur d'emploi non indemnisé jusqu'au début du mois d'août 2023, de son emploi d'agent titulaire de la fonction publique et de son traitement. Par ailleurs, si sa compagne perçoit un salaire mensuel de 1 092 euros, les charges du foyers, à ce jour, excèdent, les revenus du couple alors qu'en outre, à compter du 5 juin, le foyer doit également s'acquitter d'un prêt immobilier d'un montant mensuel de 880 euros puis de 1092 euros. La décision contestée porte ainsi à la situation de M. B une atteinte grave et immédiate, alors que son employeur ne soutient pas que sa réintégration porterait atteinte au bon fonctionnement du service. Au surplus et en tout état de cause, s'agissant de ce dernier point, les témoignages insuffisamment circonstanciés de 10 agents du centre hospitalier ne permettent pas de déterminer s'ils ont été témoins directs de propos ou d'insultes à caractère raciste ou s'ils rapportent ce que leur aurait indiqué un autre agent du service sécurité. Les faits de menaces physiques et de climat de terreur ne sont pas établis en l'état. Ainsi, la réintégration de M. B, qui a, par ailleurs, toujours fait l'objet de bonnes appreciations, ne devrait pas entraîner une perturbation des conditions du service. Dans ces conditions, la condition d'urgence fixée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

4. Aux termes de l'article 2 du décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline, quinze jours au moins avant la date de la réunion de ce conseil, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Il peut, devant le conseil de discipline, présenter des observations écrites ou orales, citer des témoins et se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix ". Aux termes de l'article 6 de ce décret : " Lorsque le conseil de discipline examine l'affaire au fond, son président porte en début de séance à la connaissance des membres du conseil les conditions dans lesquelles le fonctionnaire poursuivi et, le cas échéant, son ou ses défenseurs ont exercé leur droit à recevoir communication intégrale du dossier individuel et du rapport mentionné à l'article 1er. / Ce rapport et les observations écrites éventuellement présentées par le fonctionnaire sont lus en séance () ".

Aux termes de son article 9 : " Le conseil de discipline, compte tenu des observations écrites et des déclarations orales produites devant lui, ainsi que des résultats de l'enquête à laquelle il a pu être procédé, émet un avis motivé sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée. / () ". Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. S'il ressort du procès-verbal du conseil de discipline que les observations écrites de M. B ont été annexées au procès-verbal, rien, en l'état, ne permet d'établir que ses observations écrites ont été portées à la connaissance des membres du conseil de discipline pendant la séance dudit conseil ou préalablement transmises, que le conseil de M. B aurait été en mesure pendant la séance d'exposer l'intégralité de ses écrits et que le conseil de discipline aurait émis un avis motivé compte tenu, notamment, des observations écrites de M. B. Dès lors, le moyen tiré de ce que la sanction de révocation qui lui a été infligée méconnaît les articles 6 et 9 du décret n°89-822 du 7 novembre 1989 est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à sa légalité. Il est de même du moyen selon lequel certains faits ne sont pas matériellement établis. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 12 avril 2023 par laquelle le directeur du Centre Hospitalier Lucien Hussel a prononcé sa révocation.

6. Compte tenu du motif de suspension retenu par la présente ordonnance, celle-ci implique nécessairement la réintégration provisoire de l'agent. En conséquence, il y a lieu d'enjoindre au Centre Hospitalier Lucien Hussel de procéder, à titre provisoire, à la réintégration de M. B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du Centre Hospitalier Lucien Hussel une somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : L'exécution de la décision du 12 avril 2023 par laquelle le directeur du Centre Hospitalier Lucien Hussel a prononcé la révocation de M. B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint au Centre Hospitalier Lucien Hussel de procéder, à titre provisoire, à la réintégration de M. B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le Centre Hospitalier Lucien Hussel versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au Centre Hospitalier Lucien Hussel

Fait à Grenoble, le 30 juin 2023.

Le juge des référés,

C. Vial-Pailler

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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