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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303775

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303775

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL BS2A (BESCOU & SABATIER)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juin 2023, M. B C, représenté par

Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2023 par lequel la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé la Turquie comme pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou à défaut de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour selon les mêmes modalités ;

3°) d'enjoindre à la préfète de supprimer la mention de son signalement dans le système d'admission Schengen selon les mêmes modalités ;

4°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2023 par lequel la préfète de la Drôme l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- le refus de séjour est entaché d'une erreur de droit, d'un vice de procédure et d'un défaut d'examen réel et sérieux dès lors que le préfet n'a pas instruit sa demande d'autorisation de travail ;

- ce refus méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et méconnait l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi a été prise par une autorité incompétente et est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

- l'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Barriol,

-et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant turc né le 10 janvier 1968, a sollicité le 6 avril 2023, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 421-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 7 juin 2023, dont il demande l'annulation, la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé la Turquie comme pays de renvoi.

Sur l'étendue du litige :

2. Par jugement du 19 juin 2023, le magistrat désigné au titre de l'article R. 776-21 du code de justice administrative a statué sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, de la décision refusant un délai de départ volontaire, de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et de l'arrêté d'assignation à résidence ainsi que sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il ne reste donc à statuer que sur la légalité du refus de titre de séjour.

Sur la légalité du refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté a été signé par Mme A Argouarc'h, secrétaire générale de la préfecture de la Drôme, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les dispositions des articles L. 5221-2, L. 5221-5, R. 5221-1 et R. 5221-3 du code du travail prévoient que la demande d'autorisation de travail présentée par un étranger déjà présent sur le territoire national doit être adressée au préfet par l'employeur. Le préfet, saisi d'une telle demande, est tenu de la faire instruire et ne peut refuser l'admission au séjour de l'intéressé au motif que ce dernier ne produit pas d'autorisation de travail ou de contrat de travail visé par l'autorité compétente. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet, saisi par un étranger qui, à l'instar de M. C, est déjà présent sur le territoire national et qui ne dispose pas d'un visa de long séjour, d'examiner la demande d'autorisation de travail ou de la faire instruire par les services compétents du ministère du travail, préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance du titre de séjour. Au surplus, il n'est pas établi que l'entreprise de l'intéressé aurait formalisé une demande en ligne d'autorisation de travail à son profit. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait dû instruire d'office sa demande d'autorisation de travail et aurait donc entaché sa décision de refus d'une erreur de droit, d'un vice de procédure et d'un défaut d'examen réel et sérieux doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, en présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que si M. C a présenté, à l'appui de sa demande de titre de séjour, un contrat de travail et des justificatifs de salaire en qualité d'ouvrier du bâtiment depuis le 29 septembre 2021, cette seule circonstance, alors que l'intéressé n'a pas cherché à régulariser sa situation avant le 6 avril 2023 et ne fait pas état de diplômes ou d'une qualification particulière, ne permet pas d'établir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées quand bien même cet emploi se trouverait dans la liste des métiers en tension. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté, l'intéressé n'invoquant en tout état de cause aucun motif humanitaire pouvant justifier son admission exceptionnelle au séjour.

7. En quatrième et dernier lieu, M. C soutient qu'il a résidé en France entre 1986 et 1990, entre 1992 et 1996 et entre 2000 et 2007, qu'il y réside continuellement depuis 6 années, que sa sœur et ses deux frères y résident régulièrement, qu'il maîtrise le français et qu'il est ouvrier du bâtiment depuis le 29 septembre 2021. Toutefois, l'intéressé s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français entre juin 2017 et juin 2020. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 22 décembre 2020, dont la légalité a été confirmée par un jugement du Tribunal administratif de Grenoble du 29 avril 2021. Il n'a pas mis à exécution cette mesure et la durée de son séjour en France résulte ainsi de son maintien irrégulier en France au mépris de la décision administrative dont il a fait l'objet. En outre, l'activité professionnelle exercée l'a été sans autorisation de travail. Enfin, si M. C se prévaut d'attaches en France, il ne démontre pas entretenir des liens d'une particulière intensité avec sa sœur et ses frères alors que sa femme et ses trois enfants majeurs résident par ailleurs en Turquie. Dans ces conditions, eu égard aux conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé, la décision portant refus de séjour n'a méconnu ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C aux fins d'annulation doivent être rejetées. Il y a lieu également de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions accessoires d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauveplane, président,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.

La rapporteure,

E. BARRIOL

Le président,

M. SAUVEPLANE

La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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