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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303776

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303776

mardi 29 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303776
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantSCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 juin 2023, M. C A, représenté par Me Grébille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48SI " du 16 mai 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré quatre points de son permis de conduire, lui a rappelé les retraits de points précédents et l'a informé de la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul et la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'annuler les décisions procédant à des retraits de points suite aux infractions des 5 janvier 2022, 18 mars 2022, 20 février 2022 et 21 juin 2022 ;

3°) d'enjoindre à l'administration de lui restituer les points illégalement retirés sous huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions de retrait de points ne lui ont jamais été notifiées ;

- il n'a pas reçu les informations mentionnées à l'article L. 222-3 et R. 222-3 du code de la route ;

- il n'a jamais acquitté les amendes forfaitaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions dirigés contre le retrait de points consécutif à la décision du 18 mars 2022 sont irrecevables ;

- pour le surplus, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a commis une série d'infraction au code de la route les 5 janvier 2022, 20 février 2022, 18 mars 2022, 21 juin 2022 et 24 septembre 2022. Par une décision du 16 mai 2023, référencée " 48SI ", le ministre de l'intérieur retiré quatre points du permis de conduire de M. A suite à l'infraction du 24 septembre 2022, lui a renotifié les retraits de points précédents et a constaté la perte de validité de son permis. M. A saisit le tribunal administratif d'une demande tendant à l'annulation de la décision " 48SI " portant invalidation de son permis de conduire ainsi que des décisions de retrait de points.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte du relevé d'information intégral relatif à la situation de M. A que le point retiré à la suite de l'infraction commise le 18 mars 2022 a été restitué le 13 décembre 2022. Cette restitution étant intervenue avant l'enregistrement de la présente requête, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision sont, ainsi que le fait valoir le ministre, irrecevables pour défaut d'objet et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points :

3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. A ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que les retraits de points demeurant en litige ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

4. En application des dispositions de l'article L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.

5. L'information prévue par les dispositions susmentionnées du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. M. A soutient que les informations préalables, mentionnées par les dispositions précitées du code de la route, ne lui ont pas été délivrées lors de la commission des infractions des 5 janvier 2022, 20 février 2022, 21 juin 2022 et 24 septembre 2022.

S'agissant des infractions commises les 5 janvier 2022, 21 juin 2022 et 24 septembre 2022 :

6. Il résulte de l'instruction que les infractions commises les 5 janvier 2022, 21 juin 2022 et 24 septembre 2022 ont été constatées par procès-verbal électronique et ont fait l'objet de l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Si le ministre produit une copie des procès-verbaux dressés à la suite de ces infractions, ces documents ne sont revêtus ni de la signature du requérant, ni de la mention " refus de signer ", et ne contiennent aucune des informations exigées par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. En se bornant à soutenir que ces procès-verbaux mentionnent l'adresse du requérant et que les avis de contravention lui ont été adressés sans retour " NPAI ", le ministre ne peut être regardé comme apportant la preuve de la délivrance de l'information requise. Par suite, en l'absence d'accomplissement de l'obligation d'information préalable, les décisions de retraits de points correspondant à ces infractions sont entachées d'un vice de procédure de sorte que le requérant est fondé à soutenir que ces retraits de points sont intervenus au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction commise le 20 février 2022 :

7. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A que l'infraction commise le 20 février 2022 a été constatée par un radar automatique, et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il ressort des pièces du dossier que l'avis d'amende forfaitaire majorée produit par le ministre correspondant à cette infraction a été adressés au domicile de M. A par pli recommandé avec demande d'accusé de réception, mais a été retourné à l'administration avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Le requérant, qui n'a pas réclamé ce pli, ne conteste pas avoir été régulièrement avisé de sa mise à disposition après avoir été présenté à son domicile. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que M. A, qui ne démontre ni même n'allègue avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet, n'aurait pas bénéficié à l'occasion de cette infraction de l'information prévue aux articles L. 222-3 et R. 223-3 du code de la route, doit être écarté. Par ailleurs, l'émission d'un titre d'amende forfaitaire majoré suffit à établir la réalité de l'infraction.

8. Il résulte de ce qui précède que le solde de points de M. A n'était pas nul à la date de la décision attaquée. Par suite, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision invalidant son permis de conduire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard aux motifs du présent jugement, il doit être enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. A les points illégalement retirés de son permis de conduire dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La decision " 48SI " du 16 mai 2023 et les decisions portant retrait de points suite aux infractions des 5 janvier 2022, 21 juin 2022 et 24 septembre 2022 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. A les onze points illégalement retirés de son permis de conduire dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2025.

Le président,

J. P. BLa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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