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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303847

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303847

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303847
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juin 2023, Mme B C, représentée par sa mère Mme A D et ayant pour conseil Me Huard, doit être regardée comme demandant au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 24 mai 2023 par laquelle le directeur de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 4 avril 2023 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre à l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil à compter du 4 avril 2023 ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

L'urgence est caractérisée dès lors que la décision attaquée place dans une situation d'extrême précarité la requérante âgée de moins d'un an et sa mère isolée ;

Les moyens de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision sont :

- l'insuffisance de motivation ;

- la méconnaissance des dispositions de l'article L. 511-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la méconnaissance des dispositions de l'article L. 522-1, L. 522-3 et L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'erreur manifeste d'appréciation.

Le directeur de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration a adressé le 28 juin 2023 un mémoire horodaté à 10 heures 27 mais auquel il n'a été accédé qu'après audience et prononcé de la clôture. Il n'a pas été communiqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 19 juin 2023 sous le n°2303856 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 28 juin 2023 à 10 heures 15, en présence de M. Morand, greffier d'audience, Mme E a lu son rapport et entendu les observations de Me Huard, représentant Mme C, qui indique qu'il ne parvient plus à joindre sa cliente qui a quitté son hébergement. Son conseil dit craindre un possible retour dans le réseau de traite des êtres humains permettant à sa cliente de subvenir à ses besoins et à ceux de sa fille.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante nigériane née en 1998, a déposé une demande d'asile le 22 décembre 2021 qui a été rejetée. Le 31 janvier 2023, elle a déposé une demande d'asile au nom de sa fille Mme B C, née le 4 juillet 2022. Par décision du 4 avril 2023, l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration lui a notifié une décision de refus des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. Son recours préalable obligatoire a été rejeté le 24 mai 2023. Par la présente requête, elle sollicite la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur la demande d'aide d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. En l'espèce, Mme D, mère isolée, est dépourvue de ressources alors qu'elle est accompagnée de sa fille B, âgée de moins d'un an. Dans ces conditions, la décision attaquée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à leur situation. La condition d'urgence doit par suite être regardée comme remplie.

7. La situation familiale décrite au point précédent comme lors de l'audience place l'enfant B C et sa mère dans une situation de vulnérabilité alors même qu'a été formée au nom de l'enfant une demande d'asile propre en raison de ses craintes personnelles de mutilation en cas de retour dans le pays d'origine de sa mère. Ainsi, le moyen tiré de ce que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation de vulnérabilité, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

8. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 4 avril 2023 par laquelle le directeur de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration a refusé à Mme C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire née le 17 juin 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Il y a lieu d'enjoindre, à titre provisoire, à l'OFII d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme C, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance et ce jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission de M. C B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, il y a lieu de mettre à la charge de l'OFII la somme de 800 euros qui sera versée à Me Huard, dans les conditions prévues à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution des décisions du directeur de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration en date du 4 avril 2023 et du 17 juin 2023 sont suspendues.

Article 3 : Il est enjoint à l'OFII d'accorder, à titre provisoire, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. C dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond.

Article 4 : Sous réserve de l'admission de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, il y a lieu de mettre à la charge de l'OFII la somme de 800 euros qui sera versée à Me Huard, dans les conditions prévues à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Grenoble, le 3 juillet 2023.

La juge des référés,Le greffier,

A. EG. MORAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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