vendredi 23 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2303877 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MIRAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juin 2023, M. B C, représenté par Me Miran, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n°2023-MT-094 A du 17 juin 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour pendant une durée d'un an et fixation du pays de destination ;
3°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n°2023-MT-94 B du 17 juin 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère avec obligation de se présenter au commissariat de Grenoble deux fois par semaine ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer son identité du fichier d'information de Schengen;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1 991.
M. C soutient que :
- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai est insuffisamment motivé, en méconnaissance des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit à être entendu, qu'il tient notamment de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;
- elle est insuffisamment motivée au regard " des critères légaux établis " ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- l'assignation à résidence est dépourvue de base légale en raison de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
Par un mémoire enregistré le 22 juin 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
- la décision par laquelle le président du Tribunal a délégué à Mme Isabelle Frapolli, premier conseiller, les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le magistrat délégué a, au cours de l'audience publique du 22 juin 2023, présenté son rapport et entendu les observations de Me Huard, tendant par les mêmes moyens aux mêmes fins que la requête et produisant à l'audience le rapport social de première demande de titre de séjour rédigé le 6 mars 2023 par le service des mineurs non accompagnés de l'Adate.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 14h15.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien né le 10 février 2005, a été confié à l'aide sociale à l'enfance par un jugement en assistance éducative du 20 septembre 2022 jusqu'au 10 février 2023, date de sa majorité. Il est auditionné par les services de police le 16 juin 2023 et, le lendemain, le préfet de l'Isère a pris à l'encontre de " M. Ase disant C B " une décision portant obligation de quitter le territoire sans délai avec interdiction de retour pendant une durée d'un an et l'a également assigné à résidence. Dans la présente instance, M. C demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir ces deux décisions.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté susvisé n°2023-MT-094 A du 17 juin 2023, ainsi que sur les conclusions à fin d'injonction qui en constituent l'accessoire:
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'exigence de motivation instituée par les articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration s'applique à l'énoncé des seuls motifs sur lesquels l'administration entend faire reposer sa décision ; il suit de là que la décision attaquée n'est pas entachée d'un défaut de motivation pour ne pas comporter le rappel d'éléments que M. C regarde comme lui étant favorables et sur lesquels l'auteur de l'arrêté ne s'est pas fondé. Dès lors, s'il est vrai que la décision attaquée ne mentionne pas que M. C a été pris en charge pendant plus de six mois par l'aide sociale à l'enfance, alors en outre que rien ne conduit à mettre en doute l'identité donnée par l'intéressé lors de son audition par les services de police, au cours de laquelle il a communiqué les coordonnées de l'agent de l'Adate en charge de son dossier, cette circonstance n'est pas constitutive d'une insuffisance de motivation révélant un défaut d'examen de sa situation.
4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, rendu applicable aux États membres par l'article 51 de la même Charte : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 du même article : " Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". La Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, que le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur ses conditions de séjour en France et les perspectives de son éloignement.
5. En l'espèce, M. C a été mis à même, lors de son audition par les services de police le 16 juin 2023, de présenter toutes les observations qu'il jugeait utile sur ses conditions de séjour en France et son possible éloignement. Le moyen tiré du vice de procédure dont l'obligation de quitter le territoire français serait entachée doit donc être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C soit présent en France depuis plus d'un an. Dans ces circonstances, il ne justifie pas du transfert en France du centre de ses intérêts, alors qu'il conserve nécessairement des attaches dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".
8. M. C ne conteste pas se trouver dans la situation régie par les dispositions précitées qui autorisaient le préfet à lui refuser un délai de départ volontaire. S'il soutient à l'audience qu'il ne lui a matériellement pas été possible de déposer une demande de titre de séjour en préfecture avant son audition par les services de police, il ne l'établit pas, alors que le rapport social de l'Adate de première demande de titre de séjour date de mars 2023. Ainsi, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la disproportion de la mesure.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
9. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation au regard des " critères légaux établis " n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
10. L'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai ainsi que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, directement invoqués contre l'interdiction de retour, doivent être écartés par les motifs exposés aux points précédents, alors même qu'il est constant que M. C ne présente pas une menace pour l'ordre public.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n°2023-MT-94 A du 17 juin 2023 présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n°2023-MT-94 B du 17 juin 2023 :
12. L'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, invoquée contre l'arrêté portant assignation à résidence, doit être écartée par les motifs cités aux points 3 à 10.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté susvisé n°2023-MT-94 B du 17 juin 2023 doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
14. Les conclusions de M. C, partie perdante, doivent être rejetées ;
D E C I D E:
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, Me Miran et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.
Le rapporteur,
I. FRAPOLLI
Le greffier,
V. JOLY
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026