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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303913

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303913

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303913
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juin 2023, M. C A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 2023 - JK - 117 A du 19 juin 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté n° 2023 - JK - 117 B du 19 juin 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère pour une durée de 45 jours renouvelable une fois ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour vie privée et familiale, ou à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

5°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

6°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu dès lors qu'il n'a pas été informé du fait qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et présenter ses observations avant l'édiction de cette mesure ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour est illégale compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement et de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- le critère relatif à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France n'a pas été examiné ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard des critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'assignation à résidence est annulée compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement ou de l'absence de délai de départ volontaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme B a présenté son rapport au cours de l'audience publique, et a constaté l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant guinéen né le 4 janvier 1993, serait entré irrégulièrement en France, en avril 2018, selon ses déclarations. Il a présenté une demande d'asile le 31 décembre 2018 qui a été rejetée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFPRA), puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 6 janvier 2020. Par un arrêté du 19 juin 2023, notifié le même jour, le préfet de l'Isère a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un second arrêté du 19 juin 2023, notifié le même jour, le préfet l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère pour une durée de 45 jours renouvelable une fois. M. A demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".

4. La décision contestée comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de l'Isère n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments dont il entendait se prévaloir. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. A a été entendu par les services de police lors de son interpellation le 19 juin 2023. Il a eu, à cette occasion, la faculté de présenter ses observations sur la mesure d'éloignement que l'autorité administrative était susceptible de prendre à son encontre. Par suite, le moyen sera écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A est célibataire et sans enfant. Son séjour sur le territoire national est récent et il ne justifie d'aucune intégration particulière en France. Par ailleurs, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside sa famille. S'il se prévaut de la présence en France de sa compagne, il n'établit ni l'ancienneté ni la stabilité de cette relation. En outre, il ressort des pièces du dossier que la compagne de M. A, qui dit entretenir avec lui une relation depuis près d'un an, a déposé une plainte à son encontre pour violence volontaire par conjoint, le 18 juin 2023, et n'envisage plus la poursuite de leur relation. Enfin, l'intéressé a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le 26 août 2022, et s'est maintenu en situation irrégulière en France. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de l'Isère aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. M. A a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le 26 août 2022, qu'il n'a pas exécutée. En outre, il a déclaré lors de son audition, le 19 juin 2023, qu'il n'accepterait pas de se conformer à la décision préfectorale susceptible d'être prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire serait disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été précédemment exposé, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la mesure d'éloignement et de la décision portant refus de lui octroyer un délai de départ volontaire à l'encontre de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

10. En deuxième lieu, la décision contestée a été signée par Mme D E, chef du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du préfet de l'Isère du 26 juillet 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait et doit être écarté.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur d'appréciation. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet s'est notamment prononcé sur la durée de son séjour en France, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet ne se serait pas prononcé sur certains des éléments énoncés par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation de M. A au regard des éléments fixés par les dispositions de l'article L. 612-10 précité doivent également être écartés. Enfin, l'autorité administration, qui n'a ainsi pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas pris une mesure disproportionnée.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

12. L'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'encontre de la décision portant assignation à résidence doit être écartée.

13. Il résulte de l'ensemble de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du préfet de l'Isère du 19 juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

La magistrate désignée,

N. B

La greffière,

V. JOLY

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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