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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303941

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303941

mercredi 28 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMIRAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de Mme C, de nationalité arménienne, qui contestait la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 5 mai 2023 mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil. La juridiction a estimé que la décision était suffisamment motivée et que l'OFII ne s'était pas estimé lié par la déclaration de fuite de la préfecture. Le tribunal a jugé que le non-respect par la requérante des exigences des autorités chargées de l'asile, en ne se présentant pas à l'embarquement pour son transfert vers la Suède, justifiait la suppression des conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, le tribunal a considéré que la décision avait pris en compte la vulnérabilité de l'intéressée et de ses enfants, et qu'elle ne méconnaissait pas l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2023, Mme A C, représentée par Me Miran, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 mai 2023 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a supprimé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision, ou à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'OFII s'est cru lié par la déclaration de fuite de la préfecture ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car l'OFII n'a pas procédé à une évaluation de sa vulnérabilité ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la décision ne tient pas compte de la vulnérabilité de ses quatre enfants, de sa situation isolée ainsi qu'aux violences conjugales dont elle a été victime.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 octobre 2023.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Miran, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, de nationalité arménienne née le 23 octobre 1993, est entrée sur le territoire selon ses déclarations le 30 mai 2022, accompagnée de ses quatre enfants mineurs. Elle a déposé le 15 juin 2022 une demande d'asile et a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 11 août 2022, le préfet du Rhône a ordonné son transfert vers la Suède, en vue de l'examen par les autorités de cet Etat de sa demande d'asile. Elle ne s'est pas présentée à l'embarquement de son vol prévu le 1er février 2023 et a été déclarée en fuite. Par courrier du 11 avril 2023, l'OFII l'a informée de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil et lui a indiqué qu'elle disposait d'un délai de quinze jours pour présenter ses observations. Par une décision du 5 mai 2023, l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait.

2. En premier lieu, la décision mentionne les éléments de fait propres à la situation de Mme C et les considérations de droit sur lesquels elle se fonde. Elle précise notamment que l'intéressée n'a pas respecté les exigences des autorités en charge de l'asile en s'abstenant de se rendre à l'aéroport et de prendre son vol à destination de la Suède, Etat responsable de l'instruction de sa demande d'asile et qu'elle a été déclarée en fuite le 31 janvier 2023. La décision attaquée comporte ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit, et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il résulte des termes de la décision attaquée que la directrice territoriale de l'OFII a pris sa décision au regard du fait que Mme C n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, en s'abstenant de se rendre à l'aéroport. La circonstance qu'elle ne s'est pas présentée aux autorités en charge de l'asile dans le cadre de sa remise aux autorités suédoise constitue un fait qu'il est loisible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de relever et d'apprécier juridiquement pour fonder une décision. Par suite, il ne résulte pas des termes de la décision que la directrice de l'OFII se serait estimée en situation de compétence liée au regard de la déclaration de fuite pour prendre la décision en litige.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret ".

5. La requérante ne s'est pas présentée à l'embarquement de son vol pour la Suède. Mme C n'apporte aucun élément relatif aux raisons pour lesquelles elle n'a pas respecté les obligations auxquelles elle avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil. La circonstance qu'elle ne souhaitait pas retourner en Suède ne saurait justifier sa non présentation et elle n'apporte aucune preuve que sa demande d'asile a été refusée dans ce pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la vulnérabilité de Mme C a été évaluée par un entretien avec un agent de l'OFII effectué, dans une langue qu'elle comprend, le 15 juin 2022 lors de l'enregistrement de sa demande d'asile. Cet entretien n'a permis d'identifier aucune situation de vulnérabilité nécessitant des besoins particuliers en matière d'accueil. Si Mme C a fait part à l'Office notamment dans ses observations du 25 avril 2023 de sa séparation avec son mari et de sa plainte pour violences, ces éléments ne permettent pas de démontrer une évolution défavorable de sa situation dès lors qu'il ressort de la capture d'écran de l'application DN@ que la composition familiale était déjà d'un majeur et de 4 mineurs. En se bornant à évoquer son statut de mère isolée de quatre enfants, Mme C n'établit pas qu'elle serait dans une situation présentant un degré de vulnérabilité tel qu'elle ferait obstacle à ce qu'il soit légalement mis fin au versement à son bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

7. En cinquième lieu, la requérante ne justifie pas qu'elle présenterait un état de vulnérabilité tel que la décision en litige l'exposerait au risque d'être soumise à des traitements inhumains et dégradants et serait contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions accessoires à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles de son conseil tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 :Les conclusions de Me Miran tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Miran et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Mathieu Sauveplane, président,

- Mme Emilie Barriol, première conseillère,

- Mme Emilie Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 août 2024.

La rapporteure,

E. B

Le président,

M. D

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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