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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303947

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303947

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303947
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2023, M. B A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de procéder à un nouvel examen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer sous huit jours une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

* En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 631-3-5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

* En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire, elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

* En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

* En ce qui concerne l'assignation à résidence, elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Heintz, magistrat désigné,

- les observations de Me Huard, représentant M. A, qui soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut d'examen de la situation de l'intéressé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 juin 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel il a été assigné à résidence.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 19 juin 2023 portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement et interdiction de retour sur le territoire :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, est suffisamment motivée. Il ressort des termes de l'arrêté que le préfet de l'Isère a examiné la situation personnelle du requérant. Le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à sa situation, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a pu faire valoir les éléments concernant sa situation lors de son audition le 18 juin 2023 par les services de la gendarmerie. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'il disposait d'informations pertinentes et nouvelles qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance du préfet de l'Isère et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'il a été privé du droit d'être entendu qu'il tient des principes généraux du droit de l'Union européenne doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / ".

6. M. A fait valoir qu'il réside sur le territoire français depuis 2017, avec sa compagne et leur enfant né en France en 2020. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que s'il a déposé en 2017 une demande d'asile, elle été définitivement rejetée après son réexamen par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 28 février 2020 et qu'il s'est ensuite irrégulièrement maintenu sur le territoire français après qu'il ait fait l'objet le 12 octobre 2020 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 8 janvier 2021. Par ailleurs, sa compagne, ressortissante albanaise, est également en situation irrégulière sur le territoire national. En outre, si le requérant soutient qu'il serait inséré professionnellement en France et que ses parents et sa fratrie résideraient en France, il ne l'établit pas. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de son séjour en France, les décisions attaquées ne peuvent être regardées comme portant une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans les mêmes circonstances, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste ou d'un défaut d'examen dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

7. En quatrième lieu, M. A qui n'a pas fait l'objet d'une mesure d'expulsion ne peut utilement soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance du 5° de l'article L. 631-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'aile.

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. Si M. A a produit un certificat médical qui mentionne qu'il a bénéficié de la pose d'un stent aortique le 26 janvier 2023, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée il faisait l'objet d'un suivi médical pour les suites de cette intervention. Dès lors, le moyen tiré de ce que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, M. A n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire à l'appui de ses conclusions contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. Il résulte de la décision en litige que la durée de l'interdiction de séjour contestée a été fixée par le préfet de l'Isère après examen des critères énoncés par les dispositions citées au point précédent. Au demeurant, le fait que le requérant ait bénéficié de la pose d'un stent en janvier 2023 n'est pas une circonstance de nature à faire obstacle à ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français soit prononcée à son encontre, alors qu'il n'est pas établi qu'il ferait l'objet d'un suivi médical pour les suites de cette intervention. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par cette interdiction, de ces dispositions doit être écarté.

12. En dernier lieu, eu égard aux conditions de séjour en France de l'intéressé, tels que rappelés au point 5, la durée d'un an pendant laquelle il lui est fait interdiction de retour sur le territoire français n'apparaît pas disproportionnée ni entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Elle ne méconnaît pas davantage les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement et interdiction de retour d'un an doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

14. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision l'assignant à résidence serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire sur laquelle elle se fonde.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 juin 2023 portant assignation à résidence doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

Le magistrat désigné,

M. HEINTZLa greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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