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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303997

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303997

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juin 2023, Mme C A, représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 5 de l'accord franco-tunisien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 423-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale par exception d'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Barriol,

-et les observations de Me Huard, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante tunisienne née le 1er janvier 1955, est entrée en France le 20 mars 2022 sous couvert d'un visa D valable du 2 mars 2022 au 31 mai 2022 dans la cadre d'une procédure de regroupement familial. Son époux est décédé le 2 octobre 2022 et elle a sollicité le 13 octobre 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 5 de l'accord franco-tunisien. Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, l'arrêté énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait qui fondent les décisions attaquées. Il satisfait ainsi aux exigences de motivation qu'imposent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration quand bien même il ne fait pas état de tous les éléments dont la requérante entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié relatif au séjour et au travail des personnes susvisé : " Le conjoint des personnes titulaires des titres de séjour et des titres de travail () ainsi que leurs enfants n'ayant pas atteint l'âge de la majorité dans le pays d'accueil, admis dans le cadre du regroupement familial sur le territoire de l'un ou de l'autre état, sont autorisés à y résider dans les mêmes conditions que lesdites personnes. ". L'article L. 423-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " En cas de rupture de la vie commune ne résultant pas du décès de l'un des conjoints, le titre de séjour qui a été remis au conjoint d'un étranger peut, pendant les trois années suivant l'autorisation de séjourner en France au titre du regroupement familial, faire l'objet d'un retrait ou d'un refus de renouvellement. / Lorsque la rupture de la vie commune est antérieure à la demande de titre, l'autorité administrative refuse d'accorder ce titre () ".

6. Ni la délivrance d'un visa de long séjour au titre du regroupement familial, ni l'entrée en France régulière de l'étranger concerné ne confèrent à ce dernier un droit à la délivrance d'un titre de séjour. Le regroupement familial au profit du conjoint d'un étranger résidant régulièrement en France a pour objet de rendre possible la vie commune des époux, de sorte qu'en cas de décès de l'étranger ayant formé une demande de regroupement familial au bénéfice de son conjoint avant le dépôt d'une demande de titre de séjour formée par ce conjoint, ce dernier perd la qualité de conjoint d'une personne titulaire d'un titre de séjour au sens et pour l'application de l'article 5, cité ci-dessus, de l'accord franco-tunisien.

7. Pour refuser de délivrer un titre de séjour de dix ans à Mme A, le préfet de l'Isère a relevé que l'époux de Mme B étant décédé depuis le 2 octobre 2022, la requérante ne pouvait plus se voir délivrer de titre de séjour. L'intéressée conteste ce motif de refus en faisant état de ce que son époux et elle-même avaient franchi l'ensemble des étapes de la procédure de regroupement familial, antérieurement au décès de M. A, et que le refus de renouvellement de son droit au séjour ne pouvait être fondé sur la rupture de la communauté de vie qui résulte du décès de son conjoint, circonstance s'opposant à ce qu'une décision de refus de renouvellement soit opposée par application des dispositions de l'article L. 423-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ainsi que le fait valoir le préfet en défense, Mme B ne disposait plus à la date de la décision attaquée, pas davantage qu'à la date du dépôt de sa demande, de la qualité de conjointe d'un ressortissant titulaire d'une carte de résident et ne relevait donc plus des prévisions de l'article 5 de l'accord franco-tunisien susvisé. Ensuite, si Mme A invoque un droit acquis à séjourner régulièrement en France en raison de la décision accordant à son époux le bénéfice du regroupement familial à son profit, cette décision l'a seulement autorisée à entrer régulièrement en France munie du visa de long séjour mentionné au point 1. Enfin, si Mme A se prévaut de l'article L. 423-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il prévoit l'hypothèse de la rupture de communauté de vie résultant du décès de l'un des conjoints, ces dispositions ne trouvent pas à s'appliquer au cas de Mme B dès lors, d'une part, que la survenue d'un décès s'oppose seulement au retrait ou au refus de renouvellement du titre de séjour, et la requérante ne se trouvant pas dans cette hypothèse dans la mesure où elle a présenté le 13 octobre 2022 sa première demande de titre de séjour, et que, d'autre part, elle relève du deuxième alinéa de l'article L. 423-17 précité devant conduire à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du titre de séjour puisque la " rupture de la communauté de vie " avec son époux est antérieure à sa demande de titre de séjour, nonobstant que celle-ci procède du décès de son époux.

8. En troisième et dernier lieu, Mme A est entrée en France au titre du regroupement familial le 20 mars 2022, alors âgée de 67 ans, où elle a rejoint son mari. Ce dernier est décédé six mois seulement après l'arrivée de Mme A en France. La présence de la requérante en France demeure très récente à la date de la décision en litige puisqu'elle y réside depuis moins d'un an. Elle a vécu l'essentiel de son existence en Tunisie où résident ses cinq enfants majeurs. Dès lors, il ne peut être sérieusement soutenu qu'elle serait isolée dans son pays d'origine du fait de son âge et de son deuil. Enfin, elle n'établit pas qu'elle ne pourrait pas recevoir les soins nécessaires à son état de santé en Tunisie. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de l'intéressée et alors même qu'elle justifierait de conditions d'existences suffisantes, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée ou familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas, dès lors, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, Mme A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par voie de conséquence, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de ce que l'obligation faite à la requérante de quitter le territoire français méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A aux fins d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.

La rapporteure,

E. Barriol

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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