lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2304015 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL PAILLAT CONTI BORY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrées le 24 juin 2023 et le 20 janvier 2024, M. C F, M. A G, Mme D G et M. H B, représentés par Me Degrange, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le maire de la commune de La Plagne-Tarentaise a accordé un permis de construire à M. E pour la construction ;
2°) de mettre à la charge de commune de La Plagne-Tarentaise la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le dossier de demande de permis de construire était incomplet en méconnaissance de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme ;
- le permis de construire en litige méconnaît les articles L. 111-8 et D. 111-39-34 (en fait l'article D. 111-19-34) du code de la construction et de l'habitation ;
- le permis de construire contesté méconnaît la règle d'urbanisation en continuité prévue par les dispositions des articles L. 122-5 et L. 122-5-1 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UDc3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de La Plagne-Tarentaise dès lors que le projet de construction ne prévoit pas la réalisation de trottoirs ou de cheminement piétonnier sécurisé et que la voie d'accès ne permet pas à un véhicule de sécurité de faire demi-tour ;
- le projet contesté est de nature à porter atteinte à la sécurité publique et méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que la raquette de retournement prévue pour effectuer un demi-tour est largement sous-dimensionnée ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UDc7 du règlement du PLU dès lors qu'un escalier et des seuils d'accès sont situés à moins de 2 mètres de la limite séparative et que les balcons des maisons 2, 4 et 6 sont également situés en limites séparatives.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2023, et par un mémoire non communiqué enregistré le 7 août 2024, la commune de La Plagne-Tarentaise, représentée par Me Bory, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, subsidiairement, à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente de régularisation du permis de construire en litige.
Elle soutient que :
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2023, M. H E, représenté par Me Saumet, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, subsidiairement, à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente de régularisation du permis de construire en litige et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Argentin,
- les conclusions de Mme Vaillant, rapporteure publique,
- les observations de Me Degrange, représentant les requérants, de Me Bory représentant la commune de La Plagne-Tarentaise et de Me Saumet, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 13 mars 2023, le maire de la commune de La Plagne-Tarentaise a accordé à M. E un permis de construire en vue de la réalisation de 8 logements répartis en 6 maisons destinés à l'habitation, pour une surface de plancher totale de 768 m². Les requérants demandent au tribunal d'annuler ce permis de construire.
Sur les conclusions en annulation :
2. Aux termes de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur un établissement recevant du public, la demande est accompagnée des dossiers suivants, fournis en trois exemplaires : / a) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 111-19-18 et R. 111-19-19 du code de la construction et de l'habitation () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige porte sur la réalisation de 8 logements répartis en 6 maisons à destination d'habitation avec espace de bien-être et piscine communs. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, ce projet ne conduit pas à la création d'un établissement recevant du public. Par conséquent, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le dossier de demande de permis de construire serait insuffisant au regard des dispositions de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme.
4. Dès lors que les travaux autorisés par le permis de construire attaqué ne conduisent pas à la création d'un établissement recevant du public, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-8 abrogé au surplus par ordonnance du 29 janvier 2020 et D. 111-19-34, abrogé au surplus par le décret du n° 2021-872 du 30 juin 2021, du code de la construction et de l'habitation est sans incidence sur la légalité du permis de construire attaqué.
5. Aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme, applicable aux communes situées en zone de montagne : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées ". Selon l'article L. 122-5-1 du même code : " Le principe de continuité s'apprécie au regard des caractéristiques locales de l'habitat traditionnel, des constructions implantées et de l'existence de voies et réseaux ".
6. Il résulte de ces dispositions que l'urbanisation en zone de montagne, sans être autorisée en zone d'urbanisation diffuse, peut être réalisée non seulement en continuité avec les bourgs, villages et hameaux existants, mais également en continuité avec les " groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants " et qu'est ainsi possible l'édification de constructions nouvelles en continuité d'un groupe de constructions traditionnelles ou d'un groupe d'habitations qui, ne s'inscrivant pas dans les traditions locales, ne pourrait être regardé comme un hameau. L'existence d'un tel groupe suppose plusieurs constructions qui, eu égard notamment à leurs caractéristiques, à leur implantation les unes par rapport aux autres et à l'existence de voies et de réseaux, peuvent être perçues comme appartenant à un même ensemble. Pour déterminer si un projet de construction réalise une urbanisation en continuité par rapport à un tel groupe, il convient de rechercher si, par les modalités de son implantation, notamment en termes de distance par rapport aux constructions existantes, ce projet sera perçu comme s'insérant dans l'ensemble existant.
7. Il ressort des pièces du dossier que le lieu-dit Les Coches Dessus, où s'implante le projet, appartient au hameau des Coches qui est classé en zone urbaine UDc (secteur d'habitat individuel, isolé ou groupé). Ce lieu-dit est constitué de plusieurs constructions formant un groupe de construction desservi par les mêmes voies et par les mêmes réseaux. La construction projetée sera implantée en continuité directe de ce groupe de constructions et sera desservie par les mêmes voies et réseaux. Dans ces conditions, le projet s'implante en continuité avec le groupe de constructions existant. Par suite, le moyen tiré de ce que le projet contesté méconnaît les articles L. 122-5 et L. 122-5-1 du code de l'urbanisme doit être écarté.
8. Aux termes de l'article Udc3 du règlement du PLU relatif aux accès et voirie : " () Les voies nouvelles ouvertes à la circulation automobile desservant trois lots ou plus devront être équipées d'un trottoir ou d'un cheminement piétonnier sécurisé sur au moins un côté de la voie. Les voies en impasse seront évitées. Toutefois, à défaut, elles seront aménagées de manière à pouvoir effectuer un demi-tour. () ".
9. Les requérants soutiennent que le permis de construire en litige méconnaît les dispositions de l'article UDc3 du règlement du PLU dès lors que le projet de construction ne prévoit pas la réalisation de trottoirs ou de cheminement piétonnier sécurisé et que la voie d'accès ne permet pas à un véhicule de sécurité incendie de faire demi-tour. Toutefois, les requérants ne peuvent utilement invoquer les dispositions précitées dans la mesure où cette règle ne vise que les voies nouvelles et ne s'appliquent pas aux voies de desserte interne alors que le terrain d'assiette du projet contesté est desservi par une voie existante. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article Udc3 du PLU doit être écarté dans ses deux branches.
10. Une aire de retournement de 63,75 m² a été prévu sur le terrain d'assiette du projet permettant, contrairement à ce que soutiennent les requérants, aux véhicules et en particulier aux véhicules de sécurité incendie de faire demi-tour. Les requérants ne sont donc pas fondés à soutenir que le projet contesté est de nature à porter atteinte à la sécurité publique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.
11. Aux termes de l'article Udc7 du règlement du PLU relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : " Les constructions doivent être édifiées avec un recul minimum de 2 m par rapport à la limite séparative. () Application de la règle : la distance de recul est calculée par rapport à la façade du bâtiment. ()".
12. Les limites séparatives s'entendent des limites entre la propriété constituant le terrain d'assiette de la construction et la ou les propriétés qui la jouxtent, quelles que soient les caractéristiques de ces propriétés, dès lors qu'il ne s'agit pas de voies ou d'emprises publiques.
13. D'une part, contrairement à ce que soutiennent les requérants, les balcons des maisons 2, 4 et 6 ne sont pas implantés à proximité d'une limite séparative. D'autre part, les requérants soutiennent qu'un escalier et des seuils d'accès sont situés à moins de 2 mètres de la limite séparative. Toutefois, il résulte des dispositions précitées de l'article Udc7 du PLU que la règle de recul minimum est appréciée par rapport à la façade du bâtiment. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UDc7 du PLU doit être écarté dans ses deux branches.
14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de La Plagne-Tarentaise, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants une somme 1 500 euros à verser tant à la commune de La Plagne-Tarentaise et à M. E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête n°2304015 est rejetée.
Article 2 : Les requérants verseront à la commune de La Plagne-Tarentaise la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les requérants verseront à M. E la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, à la commune de la Plagne-Tarentaise et à M. H E.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bedelet, présidente,
M. Argentin, premier conseiller,
Mme Naillon, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
Le rapporteur,
S. Argentin
La présidente,
A. Bedelet
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026