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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304058

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304058

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304058
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 10
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juin 2023, M. A D, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a pris à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le mois suivant la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'arrêté :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen ;

- est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas instruit sa demande de titre de séjour ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît le droit à être entendu ;

- le préfet ne pouvait lui opposer un refus de délai de départ volontaire dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine ;

- l'interdiction de retour est disproportionnée.

Par un mémoire enregistré le 19 juillet 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 20 juillet 2023 à 11 heures 45 au cours de laquelle la magistrate désignée a présenté son rapport. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M D, ressortissant nigérian né le 14 janvier 1995, soutient être entré en France au mois de décembre 2020. Par une décision du 18 août 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, décision qui a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 10 février 2022. Par l'arrêté attaqué du 25 juin 2023, le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4o La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3o ()". Sur le fondement de ces dispositions, le préfet de la Haute-Savoie a pris à l'encontre de M. D, ressortissant nigérian, l'arrêté attaqué du 25 juin 2023.

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

4. En premier lieu, l'arrêté a été signé par M. B C sous-préfet de permanence de la préfecture de la Haute-Savoie, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 15 décembre 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il répond ainsi à l'exigence de motivation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Savoie n'aurait pas procédé à un examen individuel de la situation de M. D. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen doivent être écartés.

6. En troisième lieu, l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de refuser la délivrance d'un titre de séjour au requérant et il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait sollicité son admission au séjour auprès des services de la préfecture de la Haute-Savoie. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet pouvait prendre une mesure d'éloignement à son encontre dès lors qu'il ne justifie pas être entré régulièrement en France et qu'il s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En quatrième lieu, le requérant ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour et que l'intéressé ne démontre pas pouvoir prétendre à l'obtention de plein droit d'un titre sur ce fondement.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. Le requérant est célibataire et ne justifie d'aucun lien personnel ou familial en France. Il n'établit pas être dépourvu de tels liens dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans et où résident son père et sa sœur. Il ne peut se prévaloir d'une bonne insertion dans la société française dès lors qu'il n'a pas exécuté une précédente obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le préfet n'a pas porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont ainsi pas été méconnues.

10. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. D.

11. En septième lieu, M. D soutient que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit d'être entendu. Cependant, il a pu présenter les observations sur sa situation qu'il estimait utiles lorsqu'il a été entendu le 25 juin 2023 par les forces de l'ordre sur sa situation administrative. En tout état de cause, il ne fait valoir aucun élément de fait ou de droit susceptible d'influer sur le sens de la décision du préfet. Par la suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

12. En huitième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, entré irrégulièrement en France a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il ne conteste pas ne pas avoir exécutée. M. D n'a en outre pas justifier ni de la possession de document d'identité ou de voyage en cours de validité ni d'une résidence effective et permanente. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire.

13. En neuvième lieu, il n'établit pas la réalité des risques allégués en cas de retour dans son pays d'origine alors, au demeurant, que l'OFPRA et la Cour nationale du droit d'asile ont respectivement rejeté sa demande d'asile par des décisions du 18 août 2021 et du 10 février 2022.

14. En dixième et dernier lieu, le requérant ne démontre pas qu'en lui faisant interdiction de revenir sur le territoire français pendant un an, le préfet de la Haute-Savoie aurait entaché sa décision d'illégalité alors qu'il ne fait état d'aucun lien sur le territoire et qu'il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français et ce même si l'intéressé ne présenterait pas de menace à l'ordre public et n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale.

15. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreintes ainsi que celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :

Article 2 :

Article 3 :M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Schürmann et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.

La magistrate désignée,

E. Barriol

La greffière,

A. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2304058

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