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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304090

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304090

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 10
Avocat requérantSELARL BS2A (BESCOU & SABATIER)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 26 juin 2023, le président du tribunal administratif de Nîmes a transmis au tribunal la requête présentée par M. C B.

M. C B, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel la préfète de la Drôme a prononcé une obligation de quitter le territoire français sans délai et l'a assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

• l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

• l'obligation de quitter le territoire français :

- méconnaît l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

• le refus de délai de départ volontaire :

- est illégal du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'existait pas de risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

• l'interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

• la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 5 juillet 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 19 juillet 2023 à 11 heures 30 au cours de laquelle le magistrat désigné a présenté son rapport et entendu Me Guillaume, avocate de M. B, substituant Me Bescou.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant tunisien né le 19 janvier 1997, déclare être entré irrégulièrement en France au cours de l'année 2018. Il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français le 8 novembre 2022, annulée par le tribunal qui a enjoint à la préfète de la Drôme de réexaminer sa situation.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Sur le fondement de ces dispositions, la préfète de la Drôme a pris à l'encontre de M. B, l'arrêté attaqué du 13 juin 2023 par lequel elle l'oblige à quitter le territoire sans délai et assorti cette obligation d'une interdiction de retour sur le territoire français.

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la compétence de la signataire de l'arrêté :

4. L'arrêté a été signé par Mme A Argouarc'h, secrétaire générale de la préfecture de la Drôme, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. "

6. Le requérant soutient que la décision attaquée méconnaît l'article L. 614-16 précité dès lors que la préfète de la Drôme a pris une obligation de quitter le territoire français à son encontre sur le fondement de l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors même qu'elle était censée lui délivrer une autorisation provisoire de séjour qui lui permettait de se maintenir régulièrement sur le territoire français.

7. Toutefois, il ressort de l'article L. 614-16 que l'autorisation provisoire de séjour n'est valable que jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur le cas du requérant. Or, il n'est pas contesté que ce dernier n'a jamais cherché à régulariser sa situation et s'est maintenu dans une position irrégulière sans déposer de demande de titre de séjour. Par suite, la préfète de la Drôme était fondée à constater, lorsqu'elle a réexaminé la situation du requérant, que ce dernier s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, sans que ce dernier puisse lui opposer son autorisation provisoire de séjour, qui a expiré lorsque l'autorité administrative a de nouveau statué sur son cas. Dans ces circonstances, le moyen doit être écarté comme inopérant.

8. En second lieu, M. B déclare être entré irrégulièrement en France en 2018 et s'y être maintenu depuis lors, sans chercher à régulariser sa situation. Il ressort des procès-verbaux d'audition que son arrivée en France est guidée notamment par des motifs économiques et il reconnaît n'avoir aucuns liens familiaux en France. S'il s'était fiancé avec Mme D et s'ils avaient envisagé de se marier, il n'est pas justifié qu'il existe toujours une vie commune depuis le mois de novembre 2022. Dans ces conditions, la préfète de la Drôme n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'a pas davantage entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur le refus de délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes ".

10. Si M. B présente des garanties de représentation suffisantes, dès lors qu'il possède un logement effectif et permanent et qu'il a accepté de donner son passeport aux autorités administratives afin d'établir son identité et ses droits de circulation, il ne conteste pas être entré irrégulièrement et ne pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, la préfète de la Drôme était fondée à refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

11. Enfin, au vu de ce qui précède, M. B n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

13. La décision de la préfète de la Drôme est justifiée par la faible durée de présence en France de l'intéressé, qui prétend être entré en France en 2018 mais qui ne démontre sa présence en France que depuis quatre ans, et de son absence de liens familiaux avec la France, dès lors qu'il n'apporte pas la preuve d'un mariage prochain et qu'il reconnait n'avoir aucuns liens familiaux en France. Il en ressort que la préfète de la Drôme a appliqué les critères posés par les dispositions précitées, la décision n'ayant pas à mentionner expressément l'absence de précédentes mesures d'éloignement et de menace à l'ordre public. Par ailleurs, en édictant une interdiction de retour pour une durée d'un an, la préfète de la Drôme n'a pas fait une inexacte application des articles L. 612-6 et L. 612-10 ci-dessus.

14. Pour les motifs indiqués au point 8, l'interdiction de retour sur le territoire français ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation

15. Enfin, au vu de ce qui précède, M. B n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation de la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an.

16. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de M. B est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Bescou et à la préfète de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

C. Sogno

La greffière,

L. Rouyer

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2304090

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