vendredi 21 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2304127 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 1 |
| Avocat requérant | DJINDEREDJIAN |
Vu les procédures suivantes :
I.- Par une requête enregistrée le 28 juin 2023 sous le numéro 2304127, M. B E, représenté par Me Djinderedjan, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a pris à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que l'arrêté :
- est entaché d'illégalité dès lors que le préfet a omis de statuer sur sa demande de séjour ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an a été prise de manière automatique et n'est pas justifiée.
Par un mémoire enregistré le 19 juillet 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II.- Par une requête enregistrée le 28 juin 2023 sous le numéro 2304129, Mme C D épouse E, représentée par Me Djinderedjan, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a pris à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que l'arrêté :
- est entaché d'illégalité dès lors que le préfet a omis de statuer sur la demande de séjour ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an a été prise de manière automatique et n'est pas justifiée.
Par un mémoire enregistré le 19 juillet 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier,
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 20 juillet 2023 à 11 heures 30 au cours de laquelle la magistrate désignée a présenté son rapport.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme E, ressortissants kosovars nés respectivement le 24 avril 1970 et le 13 avril 1975, sont entrés irrégulièrement en France le 8 septembre 2022, avec leur enfant mineur né en 2011. Le 30 septembre 2022, ils ont déposé une demande d'asile qui a été rejetée en dernier lieu par la CNDA le 3 mai 2023. Le 28 avril 2023, M. E a déposé une demande de protection contre l'éloignement pour raisons médicales. Par un avis du 7 juin 2023, le collège des médecins de l'OFII a estimé que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que le traitement approprié est disponible dans son pays d'origine. Par les arrêtés contestés du 13 juin 2023, le préfet de la Haute-Savoie a rejeté la demande de protection contre l'éloignement pour raisons médicales de M. E, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a pris à leur encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an.
2. Les requêtes susvisées ont été présentées par un couple d'étranger, demandent à juger de questions identiques, et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. et Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
4. En premier lieu, contrairement à ce qu'ils soutiennent, le préfet de la Haute-Savoie a indiqué dans chacun des deux arrêtés que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées et qu'ils ne pouvaient prétendre à la délivrance d'une carte de résident en application de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoit la délivrance d'un titre aux réfugiés statutaires. Le préfet a, par ailleurs, précisé, qu'en application des dispositions de l'article L. 542-2 du même code les requérants ne bénéficiaient plus du droit de se maintenir sur le territoire français et pouvaient donc se voir refuser le renouvellement de leur attestation de demande d'asile ou se la voir retirer. Si le dispositif de l'arrêté de M. E ne comporte pas à la différence de celui de son épouse un article 1er indiquant que l'admission au séjour est refusée mais mentionne uniquement que la demande de protection contre l'éloignement pour raisons médicales est rejetée, cette circonstance est sans incidence. Dès lors, le moyen tiré de l'omission à statuer doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : [] 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. [] ".
6. M. E souffre d'une insuffisance rénale qui nécessite trois séances d'hémodialyse par semaine. Si le requérant produit un rapport de l'OSAR (organisation suisse d'aide aux réfugiés) qui procède à un constat général sur l'insuffisance du système médical au Kosovo, ce document n'est pas de nature à remettre en cause l'appréciation à laquelle s'est livré le préfet de la Haute-Savoie en se fondant sur l'avis du collège de l'OFII du 7 juin 2023 et ne saurait ainsi suffire à établir l'impossibilité pour le requérant d'accéder effectivement au traitement et à la prise en charge de sa pathologie au Kosovo. Il en va de même du certificat médical du 4 juillet 2023 certifiant que l'intéressé " est en cours de réalisation d'un bilan pré-transplantation rénale, pour discuter son inscription sur liste d'attente pour la greffe ". Enfin, le préfet verse la fiche MedCoi relative au Kosovo indiquant que le traitement par hémodyalise est gratuit dans les institutions publiques. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
8. M. et Mme E présents en France depuis moins d'un an à la date de la décision attaquée ne justifient ni d'intégration professionnelle ni d'attaches personnelles. Ils n'allèguent pas être dépourvus de liens familiaux et personnels dans leur pays d'origine où ils ont vécu jusqu'à l'âge respectif de 52 et 47 ans et où résident notamment leurs filles. Rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue au Kosovo, pays dont ils ont tous la nationalité. Enfin, il n'est pas établi que leur fils A, dont la demande d'asile a également été rejetée, ne pourra pas poursuivre sa scolarité au Kosovo, pays où il a vécu la grande majorité de sa vie. Dans ces circonstances, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale des intéressés.
9. En quatrième lieu, l'obligation de quitter le territoire français concerne les deux parents de l'enfant mineur. Elle n'aura donc pas pour effet de séparer les membres de la même famille. Par ailleurs, il n'est pas établi que leur enfant subirait des violences en cas de retour au Kosovo. M. et Mme E ne sont donc pas fondés à invoquer la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
11. Si les requérants font valoir qu'ils craignent des représailles en cas de retour au Kosovo de leurs créanciers, à l'appui de leurs allégations, ils n'apportent que leurs récits qui ne suffisent pas à établir qu'ils seraient réellement, personnellement et actuellement exposés à des traitements inhumains ou dégradants dans leur pays d'origine alors, au demeurant, que leurs demandes d'asile tout comme celle de leur fils ont été rejetées par l'OFPRA le 26 décembre 2022, puis par la CNDA le 3 mai 2023. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
13. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour prononcer à l'encontre de M. et Mme E une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de la Haute-Savoie a visé les articles L. 612-8 et L. 612-10 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en prenant en compte l'ensemble des critères mentionnés par l'article L. 612-10 du même code, puis a énoncé les considérations de fait qui ont justifiées cette mesure.
14. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Savoie se soit cru en situation de compétence liée pour assortir les obligations de quitter le territoire français dont font l'objet M. et Mme E d'une interdiction de retour sur le territoire français.
15. Au regard de leurs situations respectives exposées au point 5 et 7, M. et Mme E ne justifient pas de circonstances qui auraient pu faire obstacle à ce que le préfet de la Haute-Savoie édicte à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français et ce alors même qu''ils n'ont jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement.
16. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme E ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés contestés. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreintes ainsi que celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :
Article 2 :
Article 3 :M. et Mme E sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Le surplus des conclusions des requêtes de M. et Mme E est rejeté.
Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Mme C D épouse E, à Me Djinderedjan et au préfet de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.
La magistrate désignée,
E. Barriol
La greffière,
L. Bourechak
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2304127, 2304129
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026