vendredi 21 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2304153 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 3 |
| Avocat requérant | MATHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2023 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de supprimer l'inscription de non admission au fichier d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
* l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur de fait ;
- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- méconnait l'article 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
* la décision fixant le pays de destination :
- est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- est entachée d'illégalité dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;
- méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
* l'interdiction de retour :
- est illégale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale ;
- est insuffisamment motivée au regard des critères devant être pris en compte ;
- n'est pas nécessaire.
Par un mémoire enregistré le 11 juillet 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier,
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 20 juillet 2023 à 11 heures 15 au cours de laquelle la magistrate désignée a présenté son rapport et a entendu les observations de Me Mathis pour Mme A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 23 février 1994, soutient être entrée en France le 22 octobre 2021. Elle a sollicité une protection au titre de l'asile qui lui a été refusée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 4 janvier 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 17 novembre 2022. Par l'arrêté attaqué du 8 juin 2023, le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an.
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4o La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3o ()". Sur le fondement de ces dispositions, le préfet de la Savoie a pris à l'encontre de Mme A, ressortissante guinéenne, l'arrêté attaqué du 8 juin 2023.
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
4. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il répond ainsi à l'exigence de motivation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le préfet de la Savoie n'aurait pas procédé à un examen individuel de la situation de Mme A. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen doivent être écartés.
5. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait n'est pas assorti de précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
6. En troisième lieu, Mme A est arrivée récemment en France et a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans dans son pays d'origine où elle n'est pas dépourvue d'attache puisque son fils mineur y réside. Elle ne dispose d'aucun lien sur le territoire français en dehors de sa fille née en juillet 2022. Elle ne fait état d'aucun élément d'intégration particulier. Par ailleurs, la mesure d'éloignement n'a pas pour effet de la séparer de sa fille, qui a vocation à la suivre en cas de retour. Enfin, elle n'établit pas la réalité des risques qu'elle déclare encourir pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine alors que sa demande d'asile a été rejetée. S'agissant de sa fille, Mme A ne se prévaut que de considérations générales sur le risque d'excision en Guinée et n'argumente pas sur le risque particulier pour sa fille alors que la demande d'asile introduite au nom de celle-ci a été rejetée par l'OFPRA. Dans sa décision du 20 mars 2023, l'OFPRA a relevé que les propos du père n'ont pas permis de tenir pour établi le contexte familial dans lequel sa fille serait susceptible d'évoluer et les risques d'excision auxquels elle serait exposée de la part de sa famille. Il est également précisé qu'il ne ressort de l'instruction aucun élément permettant de considérer que l'intéressée soit exposée à un risque de mutilation sexuelle en cas de retour en Guinée. Dans ces conditions, et alors même qu'elle ne constitue pas un risque pour l'ordre public, l'arrêté n'a pas porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'intérêt supérieur de son enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
7. En quatrième lieu, dans les mêmes circonstances que celles exposées aux points 6, l'arrêté n'est pas entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences et ne méconnaît pas les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme à raison du risque d'excision pour l'enfant et des risques à son encontre du fait de son ex-mari.
8. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour [], l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
9. Il ressort de l'arrêté attaqué que pour prononcer à l'encontre de Mme A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de la Savoie a pris en compte l'ensemble des critères mentionnés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision n'est donc entachée d'aucun défaut de motivation.
10. En sixième lieu, Mme A est présente sur le territoire français depuis moins de deux ans. Elle ne fait état d'aucun lien sur le territoire français en dehors de sa propre cellule familiale composée de sa fille, tandis qu'elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où réside son autre fils mineur. Ainsi, en dépit du fait qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public, c'est à bon droit que le préfet a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.
11. En septième et dernier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, Mme A n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
12. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :
Article 2 :
Article 3 :Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Mathis et au préfet de la Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.
La magistrate désignée,
E. Barriol
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°23041531
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026