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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304202

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304202

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304202
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2023, M. A B, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer sous huitaine une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête a été formée dans le délai de recours contentieux ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen réel de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de fait quant à l'existence d'une demande de regroupement familial ;

- le refus de séjour méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, en même temps que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,

- et les observations de Me Miran, substituant Me Huard, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 1980, a déclaré être entré en France le 6 septembre 2014 sous couvert d'un visa de court séjour, et ne plus avoir quitté le territoire français depuis lors. Le 27 novembre 2021, il a épousé une compatriote titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans, valable jusqu'en 2031. Le 14 septembre 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par l'arrêté attaqué du 20 avril 2023, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. B, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté du 20 avril 2023 énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles reposent les décisions portant refus de séjour et fixation du pays de renvoi. Le préfet de l'Isère n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé. Par ailleurs, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, dans le cas où l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen réel de la situation de M. B avant de prendre son arrêté.

5. En troisième lieu, si le requérant soutient que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de fait dès lors que son épouse a effectué une demande de regroupement familial à son profit le 2 octobre 2022, il ressort des termes de cet arrêté que le préfet s'est simplement borné à constater, au regard des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, que l'intéressé entrait dans les catégories qui ouvraient droit au regroupement familial sans nier l'existence d'une telle demande effectuée par son épouse. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 5) Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (). ". Aux termes de l'article 4 du même accord : " () / Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / () "

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a épousé, le 27 novembre 2021 à Pont-de-Claix, une compatriote titulaire d'un certificat de résidence de dix ans. Dès lors, il entre dans les catégories qui ouvrent droit au regroupement familial, quand bien même l'autorité administrative serait fondée à lui refuser le bénéfice de ce dispositif pour l'un des motifs énumérés à l'article 4 de l'accord franco-algérien. Ainsi, il ne peut utilement se prévaloir des stipulations du 5) de l'article 6 du même accord.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. M. B se prévaut de la durée de sa présence en France mais ne démontre pas y résider habituellement depuis l'expiration de son visa le 5 janvier 2015, ainsi qu'il le prétend. En tout état de cause, outre qu'il est entré en France après avoir vécu en Algérie jusqu'à l'âge de 34 ans, il se serait maintenu sur le territoire français durant huit ans en situation irrégulière sans avoir sollicité la régularisation de sa situation. S'il a épousé une compatriote le 27 novembre 2021, cette union était récente à la date de l'arrêté attaqué et aucun élément versé au dossier n'atteste de l'existence d'une communauté de vie antérieurement au mariage. De plus, les époux ne pouvaient pas ignorer la précarité de leur situation au regard de l'irrégularité du séjour de M. B. Celui-ci ne démontre pas, par ailleurs, avoir noué avec l'enfant de son épouse né d'une précédente union une relation affective réelle, ni avoir tissé sur le territoire français des relations personnelles d'une particulière intensité. Enfin, s'il invoque la présence en France d'un oncle, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie où résident sa mère, ses deux frères et ses trois sœurs. Dans ces circonstances, le préfet de l'Isère a pu légalement refuser son admission au séjour et l'obliger à quitter le territoire français sans porter à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels ses décisions ont été prises. Par suite, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'a pas été méconnu.

10. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, ni le refus de titre de séjour ni la décision d'éloignement ne sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. B.

11. En dernier lieu et eu égard à ce qui vient d'être dit, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 avril 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Hunault, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

Le président rapporteur,

V. L'HÔTE

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

M. HEINTZ La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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