vendredi 29 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2304204 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A (BESCOU & SABATIER) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juin 2023, Mme A D épouse E, représentée par la SELARL BS2A, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui accorder un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de résident ou, à défaut, une carte de séjour temporaire ou encore, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
* En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble, il est entaché d'incompétence.
* En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
* En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet devait lui délivrer de plein droit une carte de résident en application de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
* En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire, elle est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire.
* En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, elle est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 juillet 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Heintz, premier conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D épouse E, ressortissante marocaine, est entrée en France le 12 septembre 2018 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour, portant la mention " famille F ", valable du 6 juillet 2018 au 6 juillet 2019. Elle a bénéficié de plusieurs cartes de séjour temporaires et pluriannuelles entre le 10 juillet 2019 et le 9 juillet 2022 en qualité de conjointe d'un ressortissant français. Le 19 mai 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 mars 2023, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 mars 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 20 mars 2023, pris dans son ensemble :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B C, chef du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 26 juillet 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. / La délivrance de cette carte est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. / Elle peut être retirée en raison de la rupture de la vie commune dans un délai maximal de quatre années à compter de la célébration du mariage. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D s'est mariée au Maroc avec M. E, ressortissant français, le 15 août 2017. Toutefois, par un courrier du 7 février 2022, M. E a informé les services de la préfecture de l'Isère de sa séparation avec son épouse depuis le 14 décembre 2022, du retour de cette dernière au Maroc et de l'engagement dans ce même pays d'une procédure de divorce. Il ressort également des pièces du dossier que si, postérieurement à la demande de titre de séjour formée par l'intéressée le 19 mai 2022, les services de la préfecture ont été informés de la reconstitution du couple, le préfet de l'Isère, pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, s'est fondé sur une enquête effectuée le 13 septembre 2022 par les services de gendarmerie qui concluait à l'absence de communauté de vie. Mme D soutient que son époux nierait être l'auteur du courrier précité du 7 février 2022, mais elle ne l'établit pas. Par ailleurs si elle produit un certificat de bail, une attestation d'assurance responsabilité locative ainsi que des avis d'impôt sur le revenu communs à son époux, ces documents établissent seulement l'existence d'une résidence commune avec M. E. Ils ne permettent en revanche pas d'établir l'existence d'une communauté de vie effective au sens des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère a pu, sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme D.
5. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
7. Mme D fait valoir qu'elle vit régulièrement en France depuis le 12 septembre 2018 en qualité de conjointe d'un ressortissant français auprès duquel sa présence est nécessaire en raison de son état de santé. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que si la requérante a une résidence commune avec son époux, la réalité de la communauté de vie avec celui-ci n'est pas établie. Par ailleurs, la requérante, dont la fille mineure vit au Maroc ainsi que ses parents et l'ensemble de sa fratrie, où elle-même aurait résidé entre les mois de décembre 2020 et mars 2022, ne justifie en France d'aucune insertion sociale, amicale ou professionnelle. Dans ces circonstances, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni davantage qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, Mme D n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.
9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que Mme D n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne pouvait pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement en raison du fait qu'elle devait se voir délivrer, de plein droit, par le préfet de l'Isère un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; () ".
11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance du 6° de l'article L. 611-3 doit être écarté.
En ce qui concerne le délai de départ volontaire :
12. Compte tenu de ce qui précède, Mme D n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de séjour et de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre le délai de départ volontaire qui lui a été accordé.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
13. Compte tenu de ce qui précède, Mme D n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de séjour et de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, d'injonction présentées par Mme D doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse E et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme Hunault, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.
Le rapporteur,
M. HEINTZ
Le président,
V. L'HÔTELa greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026