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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304367

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304367

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304367
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 10
Avocat requérantPLACE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2023, Mme D C, représentée par Me Place, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une personne ne justifiant pas de sa compétence à ce titre ; elle est insuffisamment motivée au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle était dispensée de la formalité de visa ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de délai de départ volontaire est illégal au regard des dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne peut être regardée comme ayant déclaré vouloir se soustraire à la mesure ; cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la fixation du pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale par exception d'illégalité du refus de délai de départ volontaire ; elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés et sollicite à titre subsidiaire une substitution de motif.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement n° 539/2001/CE du 15 mars 2001 modifié ;

- l'accord entre l'Union européenne et la République de Colombie du 19 décembre 2015 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Holzem.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 27 juillet 2023 à 11h30 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme Holzem ;

- les observations de Me Place, pour Mme C.

La clôture d'instruction a été reportée au 27 février 2023 à 14 heures.

Des pièces présentées pour Mme C ont été enregistrées le 27 février 2023 à 12h11.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante colombienne née le 17 septembre 1993, est entrée en France en février 2023, selon ses déclarations. Elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français et a été interpellée le 7 juillet 2023 par la police aux frontières d'Annemasse. Par l'arrêté attaqué du même jour, le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. D'une part, l'arrêté a été signé par M. B A, directeur de la citoyenneté et de l'immigration, en vertu d'une délégation de signature consentie par le préfet de la Haute-Savoie par arrêté du 31 mai 2023, régulièrement publié. Le moyen d'incompétence n'est par suite pas fondé.

3. D'autre part, l'arrêté attaqué mentionne tant les motifs de droit, que les éléments de fait caractérisant les conditions de séjour ainsi que la situation personnelle de la requérante, sur lesquels le préfet s'est fondé. Quant à la décision portant interdiction de retour, le préfet précise les motifs sur lesquels il se fonde, en indiquant que si elle ne constitue pas une menace à l'ordre public, elle est entrée récemment sur le territoire et ne justifie d'attaches familiales en France contrairement à ses attaches en Colombie et qu'elle n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Les décisions en litige comportent ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté au regard des articles L. 211-2, L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ()". Aux termes du 1 de l'article 6 du règlement n° 2016/399/UE du 9 mars 2016 : " Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours (), les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : / a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière () ". Le règlement n° 539/2001/CE du 15 mars 2001 et l'accord entre l'Union européenne et la Colombie du 19 décembre 2015 dispensent de l'obligation d'être muni d'un visa lors du franchissement des frontières extérieures des États membres de l'Union européenne les ressortissants de Colombie titulaires de passeports biométriques.

5. Il ressort du procès-verbal d'audition dressé par la police aux frontières le 7 juillet 2023 que Mme C a présenté une photographie de son passeport. Si cette seule présentation n'a pu permettre aux services de la police nationale de vérifier son authenticité il n'est pas pour autant établi qu'une demande de présentation du passeport original ait été formulée auprès de la requérante. Cependant, ainsi que le fait valoir le préfet en défense, la décision d'obligation de quitter le territoire français pouvait être fondée sur le 2° de l'article L. 611-1 et le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce motif. Par suite, il convient de procéder à la substitution de motif demandée en défense, laquelle ne prive la requérante d'aucune garantie procédurale. En conséquence, le moyen d'erreur de droit doit être écarté.

6. En second lieu, Mme C est entrée en France à l'âge de 29 ans et y est présente depuis cinq mois à la date de l'arrêté attaqué. S'il est fait état d'une relation avec un ressortissant français, celle-ci est très récente et n'est pas suffisante pour justifier d'une vie privée ou familiale en France, alors que la requérante a déclaré avoir des enfants mineurs en Colombie. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée. Pour les mêmes motifs, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ".

8. Mme C s'est maintenue plus de trois mois sur le territoire français sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que le fait valoir le préfet de la Haute-Savoie en défense. Si ce motif n'était pas énoncé dans l'arrêté attaqué, qui présente des motifs de droit et de fait et n'est donc pas insuffisamment motivé sur ce point, il convient de prononcer la substitution de celui-ci, dès lors que le préfet aurait pris la même décision et que la substitution ne prive la requérante d'aucune garantie. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas commis d'erreur de droit en refusant d'accorder à la requérante un délai de départ volontaire.

9. En second lieu, ainsi qu'il a été également dit au point 6. la requérante ne justifie d'aucun lien familial ou privé suffisamment sérieux pour pouvoir considérer que le refus de délai de départ volontaire soit entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. La requérante n'assortit son moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales d'aucune précision permettant de venir à son soutien.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. D'une part, les décisions d'obligation de quitter le territoire français sans délai et de fixation du pays de destination n'étant pas illégales, le moyen d'exception d'illégalité ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte des termes même de l'arrêté que le préfet de la Haute-Savoie a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante avant d'adopter la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

13. Enfin, eu égard au caractère très récent de son entrée en France et de l'absence de tout lien familial ou privé sérieux, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an est entachée d'erreur d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par Mme C, ainsi que les conclusions d'injonction et celles présentées au titre des frais de procès doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête présentée par Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Place et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023 .

Le magistrat désigné,

J. Holzem

La greffière,

A. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2304367

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