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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304379

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304379

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304379
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantROUVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2023 et un mémoire, enregistré le 18 août 2023, M. D A, représenté par Me Rouvier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros qui sera versée à Me Rouvier sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; contrairement à ce que considère le préfet de l'Isère, il poursuit de manière réelle et sérieuse ses études et a été admis en master le 29 juin 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry, président-rapporteur,

- et les observations de Me Huard, représentant M. A.

Une note en délibéré présentée par M. A a été enregistrée le 21 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A ressortissant tchadien, né en 1994, expose qu'il est entré en France le 27 septembre 2016 muni d'un visa long séjour " étudiant " et qu'il a bénéficié de plusieurs titres de séjour portant la mention " étudiant " valables entre le 24 septembre 2017 et le 13 décembre 2022. Il demande l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté la demande renouvellement de son titre de séjour qu'il avait formée le 28 octobre 2022 pour l'année 2022-23, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par l'arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application et expose de façon suffisante les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A. Ces indications qui constituent le fondement de la décision litigieuse permettent au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ".

5. Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement de titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant sérieusement ses études.

6. Il ressort des pièces produites par M. A, qu'à son arrivée en France, en septembre 2016, celui-ci s'est inscrit en première année de licence en sciences de l'ingénieur (parcours génie civil) au sein de l'Université Grenoble-Alpes. En 2020, après quatre ans, il a validé sa troisième année de licence. Pour l'année 2020-2021, M. A expose qu'en raison du refus d'admission en première année de master qui lui a été opposé, il s'est inscrit au diplôme universitaire " université-entreprise " dont il a validé le premier semestre. M. A s'est ensuite inscrit, pour l'année 2021/2022, en licence professionnelle " Bâtiment Construction Maintenance Réhabilitation " au sein de l'université de Lorraine - IUT Nancy-Brabois mais n'a pas obtenu le diplôme correspondant. Après qu'il a de nouveau fait l'objet d'un refus d'inscription en master, ce dont il ne justifie par aucune pièce, M. A s'est une nouvelle fois inscrit au sein de l'université Grenoble Alpes pour intégrer, pour la seconde fois, le diplôme universitaire " université-entreprise ". Il résulte de l'ensemble de ces éléments que de septembre 2016 à avril 2023, M. A a obtenu uniquement son diplôme de licence en sciences de l'ingénieur et a validé les premiers semestres d'un même diplôme universitaire auquel il s'est inscrit à deux reprises. Il ne justifie que par ses seules affirmations les différents refus d'inscription en master et a échoué à valider, notamment en raison de deux défaillances aux épreuves, la licence à laquelle il s'était inscrit à l'université de Lorraine. Ses résultats notés, aux épreuves des examens qu'il a passé, sont par ailleurs d'un niveau très moyen. Enfin, la circonstance que M. A a été admis en juin 2023 en première année de master à l'université Grenoble-Alpes, étant postérieure à la date de la décision attaquée, est sans influence sur la légalité de celle-ci. Dans ces circonstances, contrairement à ce qui est soutenu, c'est sans erreur d'appréciation ni erreur de droit que le préfet de l'Isère a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A portant la mention " étudiant ".

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les conclusions à fin d'annulation de M. A devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que M. A a formé une demande d'aide juridictionnelle. Il n'est donc pas recevable à se prévaloir des dispositions de cet article 37.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Hamdouch, premier conseiller,

Mme Beytout, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

Le président,

P. Thierry L'assesseur le plus ancien,

S. Hamdouch

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 23043792

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