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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304407

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304407

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 6
Avocat requérantSARHANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 juillet 2023 et le 19 juillet 2023, M. A D B, représenté par Me Sarhane, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2023 par lequel le préfet du Rhône a ordonné sa remise aux autorités belges aux fins d'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône, de lui délivrer un récépissé de demande d'asile en procédure normale ainsi qu'un formulaire OFPRA afin qu'il puisse déposer une demande d'asile auprès des autorités françaises dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un récépissé de demande d'asile en procédure normale ainsi qu'un formulaire OFPRA afin qu'elle puisse déposer une demande d'asile auprès des autorités françaises dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, traduisant un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation ;

- il méconnaît l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et l'article 29 du règlement n° 603/2013 du 26 juin 2023 ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il est entaché d'un vice de procédure résultant de la méconnaissance de la procédure de reprise en charge de l'intéressé par les autorités belges (articles 15, 18 et 19 du règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 et l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- le préfet a commis une erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la non-application des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par des mémoires en défense enregistrés le 19 juillet 2023 et le 20 juillet 2023, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement n° 343/2003 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Barriol en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Barriol a été entendu au cours de l'audience publique du 20 juillet 2023, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afgan né en 2000 alias C né en 1999, a déclaré être entré en France le 13 mars 2023 et a sollicité l'enregistrement d'une demande d'asile. Il est ressorti de la consultation du fichier Eurodac qu'il avait demandé l'asile le 18 janvier 2020 en Allemagne et le 25 février 2020 en Belgique. Les autorités allemandes ont fait connaitre leur refus à la réadmission du requérant le 30 mars 2023. La Belgique a accepté sa réadmission par une réponse écrite du 7 avril 2023 produite à l'instance. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 29 juin 2023 par lequel le préfet du Rhône a ordonné sa remise aux autorités Belges.

2. Eu égard à l'urgence à statuer sur la requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

3. En premier lieu, l'arrêté, qui vise l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013, mentionne notamment que la consultation du fichier Eurodac a fait apparaître que l'intéressé a demandé l'asile en Allemagne et en Belgique et que les autorités de ce dernier pays ont fait connaître leur accord explicite pour sa réadmission. L'arrêté qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement est suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation individuelle du requérant. Le moyen invoqué doit ainsi être écarté.

5. En troisième lieu, en vertu de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013, le demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien individuel avant que ne soit prise la décision de transfert. Cet entretien doit être mené dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend, par une personne qualifiée en vertu du droit national, dans le respect de la confidentialité. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié le 17 mars 2023 d'un entretien individuel au cours duquel il a pu faire valoir toute observation utile, en langue Pachtou, seule langue qu'il a déclaré comprendre, avec l'assistance d'un interprète appartenant à un organisme agréé. Le compte-rendu de l'entretien indique qu'il a été conduit par un agent qualifié de la préfecture. En l'absence de tout élément de preuve contraire, cette mention suffit à regarder cet agent comme ayant eu la qualité de " personne qualifiée en vertu du droit national " au sens des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement. 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que les brochures dites " A " et " B ", qui comprennent l'ensemble des informations devant être communiquées en vertu des dispositions précitées, ont été remises à M. B le 17 mars 2023, en langue pachto, comprise par l'intéressé comme en atteste sa signature apposée sur la première page de chacune des brochures. S'il soutient que la production par le préfet de la seule première page de chacune de ces brochures ne permet pas de démontrer qu'elles lui auraient été remises dans leur intégralité, il n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les mentions portées sur ces documents, revêtus de l'indication de la date de remise et de sa signature, qui attestent de leur communication intégrale, le requérant ayant par ailleurs certifié avoir reçu l'information sur les règlements communautaires au cours de l'entretien qui lui a été accordé le même jour en préfecture. S'il soutient également qu'il n'est pas établi que l'information contenue dans ces brochures lui a été communiquée oralement, M. B a attesté avoir compris la procédure mise en œuvre au cours de l'entretien dont il a bénéficié en préfecture, réalisé en présence d'un interprète en langue pachto, lequel a été à même de lui exposer la teneur de ces documents. Enfin, s'il soutient qu'il n'a pas été destinataire du guide du demandeur d'asile, cette circonstance est sans incidence sur la régularité de la procédure suivie dès lors que l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'impose pas la remise de ce guide au demandeur d'asile placé sous procédure Dublin. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

8. En quatrième lieu, selon les articles 23 à 25 du règlement n° 604/2013, l'Etat membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre Etat membre en est responsable doit dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif " Eurodac " requérir cet autre Etat aux fins de reprise en charge du demandeur. Si cette requête n'est pas formulée dans ce délai, l'examen de la demande incombe à l'Etat membre auprès duquel elle a été introduite. L'absence de réponse à l'expiration d'un délai d'un mois réduit à deux semaines lorsque la requête est fondée sur des données issues du système " Eurodac ", en vaut acceptation implicite. Par ailleurs, il résulte des dispositions des articles 15, 18 et 19 du règlement (CE) de la Commission du 2 septembre 2003 susvisé que le réseau de communication " DubliNet " permet des échanges d'informations fiables entre les autorités nationales qui traitent les demandes d'asile et que les accusés de réception émis par un point d'accès national sont réputés faire foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse.

9. Il ressort des pièces du dossier, que M. B a présenté une demande d'asile auprès de la préfecture du Rhône. L'autorité administrative a procédé au relevé de ses empreintes le 15 mars 2023 et a obtenu un résultat positif Eurodac qui a permis de constater que ses empreintes digitales avaient précédemment été enregistrées par les autorités allemandes le 18 janvier 2020 et belges le 25 février 2020, préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France. Or, il ressort des pièces du dossier que la requête de reprise en charge destinée aux autorités belges a été transmise au point d'accès national français le 28 mars 2023. En outre, le préfet du Rhône produit l'accord de reprise en charge par ces autorités, daté du 7 avril 2023. Dans ces conditions, le préfet établit avoir saisi les autorités belges d'une demande de reprise en charge du requérant et avoir obtenu leur accord explicite. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 23 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que des articles 15, 18 et 19 du règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 doivent être écartés.

10. En cinquième lieu, les autorités allemandes ont refusé le 30 mars 2023 de prendre en charge M. B aux motifs que si elles avaient initialement accepté la requête de la Belgique en 2020, il n'avait jamais été transféré vers l'Allemagne et qu'en l'absence de réalisation du transfert et en application de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 la responsabilité de l'Allemagne avait cessé. Si les autorités allemandes ont indiqué dans ce courrier de refus que M. B avait disparu le 10 mars 2023, cette erreur de plume sur la date de départ de l'intéressé du territoire allemand est sans incidence. En outre, comme il a été précédemment indiqué, les autorités belges ont expressément accepté sans réserves la prise en charge du requérant. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que la Belgique ne serait pas le pays responsable de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée par ces dispositions à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

12. Le requérant n'établit ni que sa demande d'asile ne sera pas réexaminée dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, ni qu'il existerait des défaillances systématiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Belgique, ni enfin que les autorités belges le renverront dans son pays d'origine sans réel examen des risques auxquels il serait exposé. Si le requérant fait valoir le caractère traumatisant du parcours migratoire qu'il a suivi depuis son départ d'Afghanistan, le règlement du 26 juin 2013 qui a pour objet de garantir aux ressortissants étrangers un examen circonstancié de leur demande d'asile, ne leur permet toutefois pas de choisir, parmi les États membres, celui qui sera responsable de cet examen. Par ailleurs, il ressort de l'acceptation écrite de reprise en charge de l'intéressé que les autorités belges n'ont pas encore statué sur la demande d'asile de M. B et celui-ci bénéficie ainsi en Belgique de la protection et des droits attachés à la qualité de demandeur d'asile. Enfin, la présence en France de son frère n'imposait pas au préfet du Rhône de déroger au critère de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. Ainsi, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement n°604/2013. Ce moyen doit ainsi être écarté.

13. En dernier lieu, le préfet du Rhône n'a pas davantage entaché sa décision de transfert d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Ce moyen ne peut ainsi qu'être écarté.

14. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Sarhane et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.

La magistrate désignée,

E. Barriol

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2304407

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