mardi 12 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2304452 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 juillet 2023 et le 2 août 2023, M. A B, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n°2023-AF79 du 9 juin 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, de lui délivrer un titre de séjour après remise sous huitaine d'une autorisation provisoire de séjour ; subsidiairement de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, notamment au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en méconnaissance des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, faute de recueil préalable de l'avis du collège des médecins de l'OFII ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'un vice de procédure, l'avis médical de l'OFII ayant été pris en méconnaissance de plusieurs points du décret du 27 décembre 2016 ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'un vice de procédure, le préfet s'étant cru à tort lié par l'avis du collège des médecins de l'OFFI ;
- il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire enregistré le 24 août 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête, au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 septembre 2023 :
- le rapport de Mme Frapolli,
- et les observations de Me Huard, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant bosnien né le 2 juin 1961, déclare être entré en France en mai 2013. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 23 octobre 2013, non contestée. A la suite, un premier arrêté portant notamment obligation de quitter le territoire français a été pris à son encontre le 19 décembre 2013. Le préfet de l'Isère a ensuite opposé un refus à sa demande de carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade par un arrêté le 16 octobre 2015, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Grenoble par un jugement n°1506890 du 25 février 2016. Des titres de séjour lui ont néanmoins été délivrés eu égard à son état de santé entre le 11 avril 2017 et le 9 août 2022. Dans la présente instance, M. B demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté susvisé du 9 juin 2023 par lequel le préfet de l'Isère a opposé un refus à sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en désignant le pays de destination.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction:
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 5 janvier 2017 susvisé : " () L'avis communiqué au préfet par le collège des médecins de l'OFII ne comporte aucune information couverte par le secret médical, détaillé en annexe I, ni aucun élément susceptible de révéler la pathologie du demandeur. Le rapport médical mentionné au premier alinéa du présent article n'est communicable ni à cette autorité administrative ni à aucune autre. () ".
4. Par ailleurs, l'exigence de motivation instituée par les articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration s'applique à l'énoncé des seuls motifs sur lesquels l'administration entend faire reposer sa décision. Or, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent son fondement. S'agissant de la motivation en fait du refus de titre de séjour, le préfet de l'Isère s'approprie l'avis du collège des médecins de l'OFII dans le respect du secret médical tel qu'énoncé par les dispositions citées au point précédent. Il suit de là que l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'un défaut de motivation pour ne pas comporter le rappel d'éléments, notamment relatifs à l'état de santé du requérant, que ce dernier regarde comme lui étant favorables.
5. En deuxième lieu, en se bornant à déplorer l'absence de production de l'avis du collège des médecins, sans citer la méconnaissance d'aucun texte, M. B n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, alors au surplus que le préfet de l'Isère produit en défense l'avis du collège des médecins de l'OFII du 3 mars 2023 selon lequel l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
6. En premier lieu et à supposer même que le " décret du 27 décembre 2016 " invoqué par le requérant vise en réalité l'arrêté susvisé pris à la même date, M. B n'assortit pas le moyen tiré de la méconnaissance de ce texte des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé en se bornant à paraphraser lesdites dispositions sans préciser les irrégularités qui, en l'espèce, entacheraient selon lui l'avis de l'OFII du 3 mars 2023 produit par le préfet en défense.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable./ La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
8. D'une part, s'il est vrai que l'avis de l'OFII rendu dans les conditions définies par les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lie pas l'autorité compétence pour statuer sur le titre de séjour, rien ne l'oblige à s'en écarter. Ainsi la circonstance que le préfet de l'Isère ait repris à son compte l'avis du 3 mars 2023 cité au point 5 ne révèle pas, à elle seule, qu'il se serait cru à tort en situation de compétence liée pour refuser à M. B le titre demandé.
9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B a subi une transplantation rénale le 25 octobre 2019 en France. Il produit le nom des immunosuppresseurs qui lui sont prescrits depuis et un médecin généraliste atteste qu'il souffre de polypathologies sévères. Toutefois, ces certificats médicaux établis en France, pour la plupart postérieurs à la décision attaquée, n'affirment qu'en des termes très généraux l'indisponibilité du traitement en Bosnie-Herzégovine. Ainsi, le requérant ne contredit pas sérieusement les conclusions de l'avis précité rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration quant à la possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". En dépit d'une durée alléguée de présence en France de dix ans, M. B, âgé de 62 ans à la date de la décision attaquée, ne justifie d'aucun élément particulier d'insertion dans la société française, alors que ses attaches familiales, notamment ses quatre enfants, demeurent en Bosnie-Herzégovine. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
11. L'exception d'illégalité du refus de titre ainsi que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, directement invoqués contre l'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés par les motifs exposés aux points précédents.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
13. Les conclusions présentées par M. B, la partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Frapolli, premier conseiller,
Mme Pollet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2023.
Le rapporteur,
I. FRAPOLLI
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 230445
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026