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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304647

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304647

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête enregistrée le 19 juillet 2023 sous le n° 2304650, M. A E, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de deux mois, et à défaut, de réexaminer sa situation, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire assorti du droit au travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une illégalité en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée de disproportion et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une illégalité en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant absence délai ;

- elle est insuffisamment motivée et disproportionnée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II°) Par une requête enregistrée le 19 juillet 2023 sous le n° 2304647, M. F E, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de deux mois, et à défaut, de réexaminer sa situation, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire assorti du droit au travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soulève les mêmes moyens que dans la requête n° 2304650.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

III°) Par une requête enregistrée le 19 juillet 2023, sous le n° 2304651, Mme C G épouse E, représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de deux mois, et à défaut, de réexaminer sa situation, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire assorti du droit au travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soulève les mêmes moyens que dans la requête n° 2304650.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

IV°) Par une requête enregistrée le 19 juillet 2022 sous le n° 2304648, Mme B E, représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de deux mois, et à défaut, de réexaminer sa situation, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire assorti du droit au travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soulève les mêmes moyens que dans la requête n° 2304650.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barriol,

- et les observations de Me Huard, représentant les consorts E.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2304650, 2304651, 2304648 et 2304647 sont relatives à la situation administrative de ressortissants étrangers de la même famille et posent à juger des questions identiques. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme E et ses deux enfants alors âgés de 22 ans et 17 ans, ressortissants Kosovars, ont déclaré être entrés en France le 7 mai 2017. M. A E a déclaré avoir rejoint sa famille le 1er juin 2017. A la suite de leur rejet de leur demande d'asile, les consorts E ont fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français le 22 novembre 2019. M. E ainsi que son fils F ont fait l'objet le 5 janvier 2021 d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Mme E et sa fille B ont également fait l'objet le 2 février 2021 et le 18 mai 2021 d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Le 4 octobre 2022, ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 ou à défaut L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, ils demandent l'annulation des arrêtés du 5 juillet 2023 par lesquels le préfet de l'Isère a refusé de leur délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Les arrêtés attaqués, qui énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles ils sont fondés, sont suffisamment motivés.

En ce qui concerne les refus de titre de séjour :

5. Pour refuser de délivrer les titres de séjour sollicités, le préfet de l'Isère a notamment estimé que les intéressés ne justifiaient pas de circonstances humanitaires ou d'un motif exceptionnel au regard de l'ancienneté de leur séjour en France et de leur situation familiale et professionnelle. Les consorts E font valoir qu'ils sont présents en France depuis plus de 6 ans et qu'ils sont insérés socialement. M. A E et M. F E se prévalent de promesses d'embauche et Mme B E indique suivre une scolarité en BTS.

6. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. E et son fils ne justifient pas d'une insertion professionnelle ou d'une intégration sociale, alors même qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche. Contrairement à ce que soutient M. A E, le métier de poseur de panneaux photovoltaïques n'est pas dans les catégories d'emplois en tension. Par ailleurs, leur durée de présence sur le territoire français, ne constitue pas, par elle-même, une circonstance exceptionnelle d'admission au séjour, alors que l'ensemble de la famille est en situation irrégulière et qu'ils se sont maintenus sur le territoire en dépit de précédentes décisions portant obligation de quitter le territoire. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou commis une erreur manifeste d'appréciation.

8. Les consorts E ont fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement, qu'ils n'ont pas exécutées. Par ailleurs, les arrêtés attaqués n'impliquent aucune séparation familiale, dès lors que l'ensemble des membres de la famille font l'objet d'une mesure d'éloignement. Il n'y a pas d'obstacles à ce que la fille de la famille, B, actuellement en BTS poursuive une scolarité au Kosovo. Ils ne sont pas dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine où ils ont vécu la majorité de leur vie. Dans ces conditions, alors même qu'ils sont en France depuis plusieurs années et souhaiteraient pouvoir s'y intégrer, les arrêtés attaqués ne peuvent être regardés comme entachés d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que les décisions contestées méconnaitraient les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ou seraient entachés d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français devraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de séjour ne peuvent qu'être écartés.

10. En second lieu, pour les motifs déjà exposés aux précédemment, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions leur refusant un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

12. Les consorts D qui ne sont pas en mesure de justifier être entrés régulièrement en France, se sont soustraits aux deux précédentes mesures d'éloignement les concernant. Ainsi, les décisions par lesquelles le préfet de l'Isère a refusé de leur accorder un délai de départ ne sont ni disproportionnées ni entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les décisions prononçant une interdiction de retour d'une durée de deux ans :

13. Les obligations de quitter le territoire français et les décisions refusant d'accorder un délai de départ ne sont pas illégales. Par suite, les décisions d'interdiction de retour ne sont pas entachées d'illégalité.

14. Les arrêtés attaqués mentionnent l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énoncent, en prenant en compte l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du même code, les considérations de fait qui justifient que soit prise à l'égard des requérants une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Les décisions portant interdiction de retour sont, ainsi, régulièrement motivées.

15. Les consorts D, présents en France depuis environ six ans ne justifient pas d'attaches familiales en France en dehors de leur cellule familiale. Ils ne sont pas dépourvus d'attaches au Kosovo où ils ont vécu la majorité de leur vie. Par ailleurs, les consorts E ne font valoir aucune circonstance qui rendrait leur retour sur le territoire français nécessaire. Eu égard à la durée et aux conditions de leur séjour en France, l'interdiction qui leur est faite de retourner en France pendant une durée de deux ans n'est pas disproportionnée ni entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

16. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er :Les consorts E sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Le surplus des requêtes des consorts E est rejeté.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A E, à M. F E, à Mme C E, à Mme B E, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauveplane, président,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.

La rapporteure,

E. Barriol

Le président,

M. Sauveplane La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2304648, 2304650, 2304651

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