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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304661

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304661

jeudi 10 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304661
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantMIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2023, M. A B C, représenté par Me Miran, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B C soutient que :

- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai est insuffisamment motivé, en méconnaissance des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit à être entendu, qu'il tient notamment de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juillet 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. B C ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

- la décision par laquelle le président du Tribunal a délégué à Mme E les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La magistrate déléguée a, au cours de l'audience publique du 10 août 2023, présenté son rapport et entendu les observations de Me Angot, substituant Me Miran, représentant M. B C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant congolais né le 25 janvier 1994, déclare être entré en France le 17 juin 2019. Il a sollicité l'asile qui lui a été refusé par décision de la cour nationale du droit d'asile le 25 octobre 2022. Par l'arrêté contesté du 5 juillet 2023, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. B C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2023 :

3. En premier lieu, l'exigence de motivation instituée par les articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration s'applique à l'énoncé des seuls motifs sur lesquels l'administration entend faire reposer sa décision ; il suit de là que la décision attaquée n'est pas entachée d'un défaut de motivation pour ne pas comporter le rappel d'éléments que M. B C regarde comme lui étant favorables et sur lesquels l'auteur de l'arrêté ne s'est pas fondé. Dès lors, s'il est vrai que la décision attaquée ne mentionne pas sa relation avec une concubine en France dont il a reconnu la paternité de l'enfant à naître, cette circonstance n'est pas constitutive d'une insuffisance de motivation révélant un défaut d'examen de sa situation, d'autant qu'il n'est pas établi que le requérant en ait informé le préfet.

4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Si le requérant soutient qu'il vit en concubinage avec une ressortissante angolaise, qu'un enfant est à naître de cette union et qu'il s'occupe également des deux autres enfants de sa concubine, les documents qu'il produits, notamment l'attestation sur l'honneur de Mme D F dont l'authenticité n'est pas établie, ne permettent pas d'attester de l'ancienneté et de la réalité de sa vie commune avec sa compagne actuelle. En tout état de cause, cette relation est récente et la décision attaquée n'aurait pas nécessairement pour effet de séparer les concubins, ces derniers pouvant s'installer dans les pays dont ils sont originaires. Par ailleurs, le requérant, qui soutient être entré en France en 2019, ne démontre pas d'intégration particulière dans la société française et ne conteste pas disposer d'attaches familiales en République du Congo, pays dont il est ressortissant, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, rendu applicable aux États membres par l'article 51 de la même Charte : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 du même article : " Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". La Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, que le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur ses conditions de séjour en France et les perspectives de son éloignement.

6. En l'espèce, si le requérant fait valoir que son droit à être entendu a été méconnu et qu'il aurait, s'il avait pu s'exprimer, porté à la connaissance de la préfecture l'existence de sa compagne enceinte, il résulte de ce qui précède que ces éléments n'étaient pas de nature à avoir une incidence sur le sens de la décision. Par ailleurs, le requérant a été mis à même, lors de son audition dans le cadre de sa demande d'asile, de présenter toutes les observations qu'il jugeait utiles sur ses conditions de séjour en France et son possible éloignement. Le moyen tiré du vice de procédure dont l'obligation de quitter le territoire français serait entachée doit donc être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction y compris sa demande présentée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : M. B C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C, à Me Miran et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 août 2023.

La magistrate désignée,

AS. ELa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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