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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304676

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304676

jeudi 3 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSAGHLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juillet 2023, M. B, représenté par Me Assaghle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2023 par lequel la Préfète de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour de trois ans ;

2°) d'enjoindre à la Préfète de lui permettre de déposer une demande de titre de séjour sous astreinte de 50 € par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de l'acte est incompétent ;

-la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- l'auteur de l'acte est incompétent ;

- la décision méconnaît l'article L 511-1 II-1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- L'auteur de l'acte est incompétent ;

- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;

-la décision méconnaît les article L 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire, enregistré le 31 juillet 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Morel, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Morel et a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, connu sous de nombreux alias est né le 2 aout 1989 à Douar Ouled Bouhakou Fraction Laatamna. Il est entré irrégulièrement en France à une date indéterminée. Il s'est marié le 16 septembre 2020 avec Janie F ressortissante française. Il a le 11 octobre 2018 été condamné à 10 mois d'emprisonnement pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, violence sur la personne de Mme E suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité , refus de se soumettre au prélèvement biologique destiné à l'identification de son empreinte génétique par une personne soupçonnée d'infraction au FNAEG. M. B a fait l'objet d'obligations de quitter le territoire sans délai les 26 avril 2017, 30 juillet 2018 et 24 mars 2022. Il est détenu au centre pénitentiaire de Valence, n° d'écrou 5782 et soutient résider habituellement chez Janie F au 950, Route de Corlier, 01640 à Jujurieux. Par un arrêté en date du 11 juillet 2023, la Préfète de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour de trois ans. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A C, chef du bureau de l'immigration et de l'intégration à la préfecture, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Drôme du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte, qui manque en fait, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. M. B soutient qu'il est marié depuis le mois de septembre 2020 à Mme B née F ressortissante française. Il fait valoir que le couple vit ensemble de façon régulière depuis au moins la date de leur mariage. Mme B née F a attesté le 2 mai 2023 vouloir l'héberger. M. B indique qu'il a su se construire un entourage en France avec qui il entretient des liens forts. Il indique qu'il ne dispose pas de suffisamment d'attaches dans le pays dans lequel le préfet souhaite le renvoyer. Toutefois, la seule circonstance que Mme B née F souhaite l'héberger à sa sortie de prison n'est pas de nature à le protéger de l'éloignement. Aucun élément au dossier ne permet d'établir une ancienneté significative ni l'intensité et la stabilité particulière de sa relation avec Mme B née F. Le mariage est récent et le couple n'a pas d'enfant commun. M. B a en outre déclaré lors de son audition en 2022 pour violence sur conjoint être en couple avec Madame E et être divorcé de Mme B née F. Il soutient être marié depuis septembre 2019 alors même que le mariage a eu lieu en septembre 2020. M. B ne fait pas valoir des liens forts en France. Il déclare que ses parents vivent au Maroc ainsi que ses trois frères et sa sœur. M. B qui depuis 2018 a été incarcéré à deux reprises pour des peines de plusieurs mois ne manifeste dans son comportement aucune adhésion aux valeurs réelles de la République dont le respect des lois et règlement est une des composantes. Il n'est pas suite à fonder à soutenir que la préfète a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

5. Aux termes de L 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable à la date de la décision attaquée : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. "

6. M. B soutient qu'il ne constitue plus un trouble à l'ordre public dans la mesure où il est incarcéré. Il fait valoir par ailleurs que ce refus de délai ne lui permettrait de préparer son départ, notamment eu égard à son union avec son épouse. Toutefois compte tenu de ce qui a été indiqué aux points 1 et 5 le moyen sera écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

8. M. B soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales dans la mesure où elle vise non seulement à l'éloigner du territoire français, mais a également pour effet de l'éloigner de sa femme avec qui il partage sa vie depuis 3 ans aujourd'hui. Toutefois compte tenu de ce qui a été indiqué aux points 1 et 5 le moyen sera écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, et à la Préfète de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2023.

Le magistrat désigné,

S. Morel Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne à la Préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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