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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304704

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304704

jeudi 10 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304704
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 1
Avocat requérantTERRASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête enregistrée le 21 juillet 2023, M. B D, représenté par Me Terrasson, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 2022-SF 270 du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ou subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté est entaché de l'incompétence de son signataire ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait son droit à une vie privée et familiale, tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision désignant le pays de destination est entachée de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 4 de la charte des droits fondamentaux et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 31 juillet 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le magistrat désigné a, au cours de l'audience publique du 8 août 2023, à 11h30, a appelé l'affaire et a présenté son rapport. Me Terrasson a présenté des observations pour M. D et un moyen nouveau tiré de la méconnaissance de l'article 13 de la déclaration universelle des droits de l'homme.

Le préfet de l'Isère n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B D.

2. M. B D, ressortissant malien né le 25 avril 1992, déclare être entré en France le 29 septembre 2021. Le 20 octobre 2021, il a présenté une demande d'asile. Le 28 novembre 2022, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé le refus opposé par l'Office français des réfugiés et des apatrides, le 7 avril 2022. Par arrêté du 5 juillet 2023, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Dans la présente instance, M. C en demande l'annulation.

En ce qui concerne le moyen commun à l'arrêté attaqué :

3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme E F, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, qui disposait d'une délégation de signature consentie par l'arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 26 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.

5. M. D est présent sur le territoire français depuis moins de deux ans alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans dans son pays d'origine, soit la majeure partie de sa vie, pays dans lequel il a nécessairement des attaches familiales et des liens amicaux, sociaux, voire même professionnels. En France, il est célibataire et sans charge de famille. S'il se prévaut de sa volonté d'insertion par des actions de bénévolat auprès du secours populaire de Voiron, des manifestations de sympathie à son égard et d'une promesse d'embauche, ces éléments ne sont pas suffisants pour retenir qu'il justifie d'une réelle insertion dans la société française. Il s'ensuit, eu égard à la brève durée et aux conditions du séjour en France de M. D, que le préfet de l'Isère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a donc, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. M. D expose à la barre que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 13 de la déclaration universelle des droits de l'homme qui stipule que : " 1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat. () ". Toutefois, le requérant ne peut pas invoquer utilement la méconnaissance de ces stipulations dès lors que cette déclaration n'est pas au nombre des textes diplomatiques qui ont été ratifiés dans les conditions fixées par l'article 55 de la Constitution du 4 octobre 1958. Le moyen doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la décision désignant le pays de destination :

7. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision désignant le pays de destination.

8. Aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié à l'article L. 721-4 du même code : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, également reprises à l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

9. M. D soutient être exposé à un risque pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine du fait d'un conflit ethnique entre les Dogons et les Peuls. Toutefois, par les pièces qu'il produit, il n'établit pas la réalité des risques qu'il encourrait personnellement en cas de retour au Mali, alors que l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision ayant fixé le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ou les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D aux fins d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses concluions aux fins d'injonction et d'application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Terrasson et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 août 2023.

Le magistrat désigné,La greffière,

Mme Letellier Mme Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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