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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304783

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304783

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304783
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDJINDEREDJIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 juillet et 6 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Djinderedjian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard et à défaut de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, son conseil s'engageant à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat versée dans le cadre de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'incompétence ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, la préfecture de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doulat a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 4 octobre 1999, est entré irrégulièrement en France le 14 février 2017. Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire valable du 6 novembre 2020 au 5 novembre 2021 en qualité d'étranger malade. M. B a sollicité, le 7 octobre 2021 le renouvellement de ce titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 10 février 2023, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C, directrice de cabinet de la préfecture de la Haute-Savoie, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 15 décembre 2022, régulièrement publié le même jour. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de la signataire des actes en cause doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. [] "

4. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, ainsi que l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays d'origine. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B souffre d'un trouble psychotique aigu polymorphe avec symptômes schizophréniques. Par un avis du 22 février 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que si l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. La circonstance que deux voire trois des cinq molécules actuellement prescrites à M. B ne seraient pas disponibles au Maroc, ne suffit pas, faute d'élément permettant de retenir que ne pourraient leur être substitués d'autres médicaments disponibles et adaptés à son état de santé, à remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Ainsi, les pièces produites, ne permettent pas d'établir que la prescription d'un traitement approprié à son état de santé ne pourrait pas être suivie, sans qu'il soit besoin de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France. Dès lors, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. Le requérant fait valoir qu'il est présent en France depuis le 14 février 2017, qu'il a quitté son pays à l'âge de 17 ans et n'a plus de famille au Maroc, ses parents vivant en Espagne. Il soutient en outre que la régularisation de son séjour lui permettra de vivre dignement grâce à l'allocation destinée aux adultes handicapés dont il bénéfice et de rester en lien avec sa famille en France et en Europe. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait isolé au Maroc alors que l'attestation de sa belle-sœur tend, au contraire, à établir que ses parents y résident. Le requérant est célibataire et sans enfant et ne peut se prévaloir de liens anciens, intenses et stables sur le territoire français en dehors de son frère et l'épouse de ce dernier. S'il a été reconnu travailleur handicapé, il ne se prévaut d'aucune activité professionnelle débutée en France. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris dans ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Djinderedjian et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient

Mme Triolet, présidente,

M. Ban, premier conseiller,

M. Doulat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le rapporteur,

F. DOULAT

La présidente,

A. TRIOLET

Le greffier,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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