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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304863

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304863

mardi 22 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304863
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 6
Avocat requérantROUVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2023, M. C B, représenté par Me Rouvier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé son admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- La décision est signée par une autorité incompétente ;

- la décision n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une violation des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'octroi d'un délai de départ volontaire, la décision n'est pas motivée ;

la décision prise par le préfet de l'Isère est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi, compte tenu des précédents développements, la décision fixant le pays de destination sera annulée consécutivement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Vial-Pailler, vice-président.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a présenté son rapport au cours de l'audience publique et a entendu les observations de Me Schurmann, représentant M. C B.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, né le 31 mai 1989, de nationalité hondurienne, a déclaré être entré en France le 22 avril 2022. Il a présenté une demande d'asile le 24 mai 2022. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a statué en procédure normale sur la demande d'asile et a pris une décision de rejet le 11 octobre 2022, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 9 mai 2023. Aux termes de l'arrêté attaqué du 5 juillet 2023, le préfet de l'Isère a refusé son admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays de destination.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A, chef du service de l'immigration et de l'intégration, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait.

4. L'arrêté attaqué comprend les considérations de droit et les éléments de fait qui le fondent. Le préfet n'est pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments tenant à la situation personnelle dont le requérant entend se prévaloir. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté serait insuffisamment motivé ni que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ou entaché sa décision d'erreur de fait.

Sur la décision portant refus d'admission au séjour et celle l'obligeant à quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 2 de la même convention : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. [] ".

6. Le refus d'admission au séjour et l'obligation de quitter le territoire n'ont pas pour objet de fixer le pays à destination duquel l'intéressé sera éloigné. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations citées au point précédent ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. B soutient qu'il est arrivé en France en mai 2022, qu'il dispose d'attaches amicales sur le territoire français.

9. Toutefois, M. B est entré en France le 22 avril 2022, soit depuis un peu plus d'un an à la date de la décision attaquée. Il n'établit pas l'existence de liens personnels, intenses et stables sur le territoire français et n'allègue pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Ainsi, qu'il est dit ci-après, M. B ne démontre pas qu'il serait personnellement exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Il s'ensuit, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de M. B, que le préfet de l'Isère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a donc, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

11. A supposer que le requérant ait entendu soutenir qu'il aurait dû disposer d'un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours en raison de circonstances propres à son cas d'espèce, il n'invoque aucun motif susceptible de caractériser une circonstance exceptionnelle justifiant qu'un délai de départ volontaire de plus de 30 jours lui soit accordé. Le motif selon lequel il disposerait d'attaches amicales en France ne constitue pas une circonstance exceptionnelle. Par ailleurs, pour les motifs indiqués ci-dessus au point 9, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant un délai de départ volontaire de 30 jours.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, la décision refusant de l'admettre au séjour et celle l'obligeant à quitter le territoire n'étant pas illégales, le requérant n'est pas fondé à exciper, par voie d'exception, de l'illégalité de ces dernières, à l'encontre de la mesure fixant le pays de destination.

13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article 2 de la même convention : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. [] ".

14. Le requérant soutient que la situation sécuritaire au Honduras est inquiétante, que l'Etat d'Honduras demeure dans les cinq premiers pays mondiaux où le taux d'homicide est le plus important, que ces homicides sont bien souvent le fait des gangs, les Maras, qu'il est venu en France car il est menacé dans son pays d'origine, que son frère et lui ont fait l'objet d'un racket par un gang, que son frère s'est opposé à ce racket et a été assassiné par ce gang.

15. Toutefois, le requérant n'établit pas, par la production de documents généraux tels des articles de presse, l'existence de menaces actuelles et personnelles pesant sur lui-même, de nature à l'exposer à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Sa demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile. Si M. B a démontré l'existence d'une mort violente de son frère, il n'établit pas qu'il serait personnellement exposé à un risque de racket, qu'il ne serait pas protégé par les autorités de son pays et qu'il serait soumis à des risques personnels de tortures ou de traitements inhumains en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ne peuvent être qu'écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Rouvier et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 août 2023.

Le magistrat désigné,

C. Vial-Pailler

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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