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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304918

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304918

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304918
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 juillet et 12 octobre 2023, M. C D, représenté par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, ceci sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'acte n'est pas justifiée ;

- le refus de titre de séjour est entaché de l'irrégularité de l'avis médical du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) au vu de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée du fait de l'avis médical :

- il ne pourra pas bénéficier de soins appropriés à son état de santé en Macédoine ;

- l'arrêté porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 29 septembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Sogno a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant macédonien déclarant être entré en France en décembre 2013, a vu sa demande d'asile définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 15 avril 2015. Une obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par le tribunal, a été prise à son encontre le 11 mai 2015. Après avoir été admis au séjour en qualité d'étranger malade du 2 août 2019 au 18 mai 2020, le préfet de l'Isère a édicté le 25 février 2022 un refus de titre de séjour avec obligation de quitter le territoire français qui a été annulé le 15 juillet 2022 par le tribunal. Le 28 octobre 2022 M. D a présenté une nouvelle demande de titre de séjour qui a été rejetée par l'arrêté attaqué du 5 juillet 2023.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la compétence du signataire de l'acte :

3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B A, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit être écarté.

Sur l'état de santé de M. D :

4. L'étranger résidant habituellement en France dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité bénéficie de plein droit d'un titre de séjour en vertu de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans le pays duquel il est originaire et, sous ces mêmes conditions, ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-3 du même code. En vertu de l'article R. 425-11 de ce code, la carte de séjour destinée aux étrangers malades est délivrée par le préfet au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Enfin, l'arrêté ci-dessus visé du 27 décembre 2016 dispose que ce collège se prononce au vu d'un rapport établi par un médecin ne siégeant pas en son sein.

5. Le préfet de l'Isère a versé au dossier l'avis du collège de médecins de l'OFII du 2 février 2023 qui précise que le défaut de prise en charge des pathologies dont souffre M. D pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il existe une possibilité effective de traitement dans son pays d'origine.

6. L'avis du collège médical a été rendu le 2 février 2023 par trois médecins à compétence nationale habilités par une décision du directeur de l'OFII du 3 octobre 2022, régulièrement publiée, sur le rapport d'un médecin ne siégeant pas en son sein. En conséquence, le moyen tiré de l'irrégularité de cet avis doit être écarté.

7. Il ne résulte pas des termes de l'arrêté attaqué ou des autres pièces du dossier que le préfet de l'Isère se serait estimé en situation de compétence liée par l'avis du collège des médecins de l'OFII pour refuser à M. D un titre de séjour au regard de son état de santé.

8. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner.

9. M. D ne verse pas au dossier d'éléments suffisamment étayés permettant de remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII quant à la possibilité effective d'un traitement médical en Macédoine de la spondylarthrite axiale et des autres pathologies dont il souffre. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère a méconnu les articles L. 425-9 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant un titre de séjour au regard de son état de santé et en assortissant ce refus d'une obligation de quitter le territoire français.

Sur la situation personnelle de M. D en France :

10. Même si D est présent en France depuis près de dix ans et si l'un de ses fils y réside régulièrement, l'arrêté n'implique pas de séparation familiale, son épouse ayant fait l'objet le même jour d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Hormis ces éléments, le requérant ne fait pas état de liens privés en France, son argumentation reposant essentiellement sur son état de santé qui a été évoqué au point précédent. Dans ces conditions, le refus de titre de séjour qui lui est opposé et l'obligation de quitter le territoire français dont il est assorti ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale qui lui est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne sont pas entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

11. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de M. D est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Borges de Deus Correia et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Holzem, première conseillère,

Mme Naillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

Le président, rapporteur,

C. Sogno

La première assesseure,

J. Holzem

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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